Voyages, voyages…

Les rhétos sous le signe du soleil et de la culture

Le retour du printemps se marque, chaque année, par le départ des classes de 6ème en voyage de fin d’études. Cette année n’a pas échappé à la tradition. Ainsi les huit rhétos ont-elles pris des chemins de traverse différents mais tous culturels et ensoleillés ! La 6T1 de M. Wampach a pris la direction de la Turquie et des parfums de l’Anatolie, la 6T2 de Mme Loks et la 6T4 de M. de Generet ceux de l’Espagne et ses charmes andalous, la 6T3 de Mme Deblonde de la Sicile, la 6T5 de M. Béchaimont du Portugal et de ses sept merveilles, la 6T6 de M. Duffeler de la Ligurie italienne et des sentiers escarpés des Cinque Terre, la 6T7 de M. Caspar du sud de l’Italie, de la baie de Naples et ses environs et la 6T8 de votre serviteur des îles de Malte et de Sicile.
La T8 d’île en île…

Combinaison inédite à Saint-Michel : les élèves de 6T8 et moi avions décidé d’allier culture anglo-saxonne maltaise et tradition latine sicilienne. Le mélange se révéla complémentaire et rempli de découvertes variées, comme en témoigne la sélection de photos reprises en annexe de notre article.

Lors de leurs travaux préparatoires les étudiants avaient déjà été frappés par l’abondance de civilisations qui se succédèrent sur cette île au cœur de la Méditerranée. Plus que tout autre endroit de la « Mare nostrum » romaine, Malte vit les envahisseurs défiler : peuples préhistoriques, Phéniciens, Grecs, Carthaginois, Romains, Vandales, Ostrogoths, Byzantins, Arabes, Normands, Siciliens, Turcs repoussés par les valeureux Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem hôtes durables de l’île et qui prirent son nom « Chevaliers de l’Ordre de Malte » jusqu’à son invasion par Napoléon puis sa conquête par les Anglais et son incorporation au sein de l’Empire britannique jusqu’à son indépendance en 1964 et sa proclamation comme république en 1974, son adhésion à l’Union Européenne en 2004 et son entrée dans la zone euro le 1er janvier 2008.

Un observateur attentif ne peut passer sous silence son rôle pendant les deux guerres mondiales et surtout durant la seconde où sa position tampon entre l’Italie, alliée de l’Axe, et la colonie libyenne de l’Italie en firent une véritable île martyre affreusement bombardée.

Malte : un condensé d’histoire européenne, pour le meilleur et pour le pire, de 4000 avant J.-C. à nos jours. Impossible de rendre compte de la richesse de toutes les églises, musées, villages et cités visités. Nous laisserons le charme de la découverte au voyageur. Citons toutefois trois étapes qui nous ont marqués : la découverte de La Valette, de ses ruelles tracées au cordeau et de ses impressionnants remparts qui en font un des plus beaux ensembles fortifiés au monde. Cette impression fut renforcée encore par la visite détaillée en bateau de son port et des points de vue imprenables sur la cité que seule la mer offre.

Le sud de l’île fournit l’occasion d’un prodigieux bond dans le temps puisqu’auprès d’ impressionnantes falaises plongeant à pic dans le bleu marin, se dressent deux temples préhistoriques : Hagar Quim et Mnajdra. Véritable Stonehenge méditerranéen, ces constructions néolithiques remontant au quatrième millénaire (près de deux mille ans avant les pyramides égyptiennes…) sont loin d’avoir livré leurs secrets. Et c’est humblement que l’on franchit leur seuil la tête remplie d’énigmes architecturales.

A ne manquer sous aucun prétexte ! Avant de regagner les frimas bruxellois, un détour s’impose, près de l’aéroport, au sud-est, vers le petit port de pêche au nom imprononçable de Marsaxlokk. Les innombrables petites barques toutes plus colorées les unes que les autres vous laisseront un souvenir impérissable et une délicieuse envie de revenir goûter au charme maltais. Sicile en vue !

1H30 de catamaran ultramoderne et nous voilà en Sicile. Changement de cuisine garanti et fait important à ne pas négliger : on roule à nouveau à droite ! Quatre jours pour découvrir l’est de l’île aux trois caps. De grand matin Agrigente nous attend. Quelques-uns des plus beaux temples grecs sauvés du temps par leur transformation temporaire en église s’offrent à nos regards émus.

La nature est en fête : le printemps avec ses coquelicots, ses genêts, ses arbres de Judée en fleur et son herbe verdoyante donne des airs impressionnistes à cette somptueuse Vallée des temples. Un coup d’œil, Piazza Armerina, à la villa del Casale (fin du IIIe siècle après J.-C.) laisse songeuses nos rhétoriciennes qui pensaient naïvement que la création du bikini remontait aux années 1960 ! Nous voilà déjà au pied de l’Etna dont la silhouette massive nous interpelle : oserez-vous me défier ?

Pour accroître nos appréhensions, le volcan géant s’est mis en tête de nous cracher toute la nuit ses scories sombres jusqu’au bord de la piscine de notre hôtel à Acireale. Qu’à cela ne tienne, le feu vert des guides géologues accordé, l’ascension nous mena en quelques heures au beau milieu des neiges recouvrant les cendres volcaniques. Inoubliable sensation que celle de ce froid glacial alors que la lave en fusion bouillonne quelques mètres plus bas sous nos pieds… Il faudra un bon capuccino à la terrasse d’un café de Taormina, Saint-Tropez sicilien, pour apaiser nos esprits tout en gardant un œil sur la montagne de feu qui nous nargue toujours.

Avant de regagner Malte, il nous reste à découvrir un des patrimoines mondiaux de l’humanité, Syracuse que Cicéron présentait comme la plus grande et la plus belle des villes grecques. Matinée dans le cœur archéologique de la cité avec visite de son impressionnant théâtre, descente dans l’oreille de Denys (écho garanti clef sur voute !), rencontre inattendue et bien sympathique d’une famille d’anciens élèves du Collège : des grands-parents, parents aux petits-enfants, le monde de Saint-Michel est décidément bien petit ! L’aprèsmidi se passera sur l’île d’Ortygie au soleil du port de Syracuse.

Une fois encore, nous prenons conscience en rédigeant cet article combien il est impossible de rendre compte de tout ce qui a été vécu, découvert, ressenti durant cette semaine richement remplie. Les jugements les plus divers sont portés sur les voyages de fin d’études.

Notre conviction en est chaque fois renforcée : seuls ceux qui y ont participé peuvent émettre un avis autorisé sur leur bienfondé. Chaque voyage constitue une expérience singulière où l’alchimie de la réussite repose sur l’enthousiasme des participants combiné à leur sens des responsabilités. L’alchimiste poursuit une quête chimérique ; l’élève voyageur ramène lui dans ses bagages une quête réalisée dont il pourra mesurer le précieux prix à la vivacité de ses souvenirs sa vie durant.

Puisse cette expérience singulière enrichir encore de nombreuses générations d’adolescents en quête de sens et de responsabilités à donner à leur vie.