Rencontre avec Tommy Scholtes, par Philippe Stiévenart

Philippe Stiévenart rencontre pour Horizons le Père Tommy SCHOLTES, nouveau responsable de l’église Saint-Jean Berchmans, église du Collège Saint-Michel.

Horizons :  Père Scholtes, vous êtes nommé depuis septembre 2017, responsable de l’église Saint-Jean Berchmans – dans le vocabulaire des jésuites – « Préfet d’église ». En quoi cela consiste-t-il ?

Père Scholtes :  Ma préoccupation première est faire de cette église un lieu accueillant et « ressourçant ». Un lieu de belles célébrations nourrissantes et où les homélies parlent de l’Ecriture et de la vie. Environ 1500 personnes fréquentent le week-end cette église. Il y a six célébrations le week-end et quatre chaque jour de la semaine. Dès lors, je confectionne les calendriers hebdomadaires des célébrations avec leur célébrant et le week-end j’y ajoute les prédicateurs, les chorales et l’organiste. Au-delà de cet aspect fonctionnel, je veille à continuer ce qui s’est toujours fait ici : la possibilité de rencontrer un prêtre, de recevoir le sacrement de la Réconciliation, de faire les Exercices Spirituels de St-Ignace « dans la vie courante », d’animer des équipes de CVX, de permettre aux enfants le dimanche d’avoir une liturgie de la Parole adaptée, de soutenir les groupes de partage biblique, d’accueillir les troupes scoutes du collège pour leur moment d’approfondissement spirituel, etc… Nous mettons en place un réseau d’accueil à long terme de personnes réfugiées politiques.

Horizons : Dans l’église du collège, il y a parfois des conférences et des concerts, comme récemment un concert de Gospel. Vous allez continuer à développer cette offre ?

Père Scholtes : Bien sûr !  L’église Saint-Jean Berchmans est située au centre du quadrilatère Saint-Michel (comme on dit ici) et elle se doit d’accueillir et de soutenir les initiatives qui viennent du Collège, de la Communauté jésuite St-Michel, du Théologat, des Bollandistes, des Equipes de Vie Chrétienne (CVX), des Equipes Saint-Michel, etc. ainsi que de toute autre association qui gravite autour de ce quadrilatère. Cette église est au service du site Saint- Michel. Et j’ai d’autres projets en vue.

Horizons : Lesquels ?

Père Scholtes :Mettre sur pied une équipe de jésuites et de laïcs qui serait responsable de la vie « ressourçante » de notre église, élargir et développer nos chorales, assurer du lien avec les fidèles de St-Jean Berchmans. J’ai édité un flyer qui donne un aperçu rapide des possibilités offertes par notre église. De même, j’ai lancé une lettre électronique qui donne les nouvelles d’ici et les programmes futurs.

Horizons : Vous avez été, pendant 14 ans, le curé de la paroisse St-Joseph à Wezembeek. Aujourd’hui, vous êtes le préfet de l’église St-Jean Berchmans. C’est différent ?

Père Scholtes : Oui. Car ici ce n’est pas une paroisse. A Wezembeek, j’étais surtout un pasteur avec autour de moi une équipe de laïcs qui gérait et animait la paroisse. A St-Joseph, il y avait des Baptêmes, des mariages, des funérailles, des Premières Communions, des Confirmations – ce qu’il n’y a pas ici. Ces célébrations-là auxquelles il faut ajouter les trois messes du week-end (une en flamand, et les deux autres en français) développent facilement de l’interaction entre le curé et ses paroissiens ainsi qu’un tissu très riche de relations. La décision de mes supérieurs de me nommer ici fut un grand changement. Aujourd’hui, ma mission est ici et je commence à bien y entrer.

Horizons : Père Scholtes, plus que le Préfet d’église d’ici, vous êtes connu comme l’homme religieux des médias. Vous pouvez expliquer aux Ancien(ne)s de St-Michel en quoi cela consiste ?

Père Scholtes : Je suis le porte-parole francophone de la Conférence épiscopale belge ainsi que de l’Archevêché de Malines-Bruxelles. C’est moi qui suis chargé, soit de répercuter et d’expliquer auprès des médias francophones les communiqués et les prises de position des évêques de Belgique dans tel ou tel domaine, comme par exemple, l’accueil des réfugiés en Belgique ou le cours de religion menacé dans l’enseignement officiel ; soit d’être à la disposition des journalistes pour répondre à leurs questions. Ici, dernier sujet en date : « Que pensez-vous de la volonté de certains de faire disparaitre la croix sur la mitre du St Nicolas ? » Ou encore de commenter le discours de Noël du pape François sur l’accueil des réfugiés. Il faut surtout être en permanence informé et à la disposition des journalistes.

Horizons : Pour occuper cette fonction exposée, il faut posséder une expertise certaine des médias. D’où vous vient-elle ?

Père Scholtes : De la théorie et surtout de la pratique ! Après mes études de droit, j’ai fait les Communications sociales à l’UCL. Mon « départ » dans les médias remonte à la visite du Pape Jean-Paul II en Belgique en 1985. Il fallait couvrir son voyage en Belgique.  Ce fut mon baptême du feu !… Par après, j’ai été aussi à la direction des médias catholiques (RCF : Radio chrétienne francophone et le journal Dimanche, et les émissions religieuses à la RTBF).

Horizons : Avec plus de 30 ans de couverture médiatique des événements de l’Eglise, vous devez en avoir des souvenirs et des anecdotes à raconter !

Père Scholtes : Oh oui, bien sûr ! Le moment de la mort de Jean-Paul II ou l’élection du pape François, commentés sur RTL TVi ! Si je suis dans les médias et que j’aime ce métier c’est parce que je crois profondément que les catholiques doivent oser dire une parole de croyants et d’Eglise dans le monde dans lequel ils vivent. Aujourd’hui dans une ambiance qui défend – à juste titre – la tolérance et la multiculturalité, mais qui tend à estomper les différences, nous devons oser dire une parole de chrétiens et donner une place à l’Eglise dans ce monde : une parole et une place qui peuvent parfois être différentes de celles dans lesquelles nos contemporains voudraient nous circonscrire.  Pour étayer ces affirmations, je ne peux que conseiller aux Ancien(ne)s de St-Michel de lire le livre récent : « Politique et Société ». Il rassemble une série d’entretiens du Pape François avec Dominique Wolton sur la politique et la société. Pour moi, ce livre est un regard et une réflexion toniques du Pape – avec les accents propres au Christianisme – sur les défis sociétaux que nous rencontrons aujourd’hui.

Horizons : Père Scholtes, je sais qu’à côté de l’homme des médias, vous êtes aussi un aumônier de clinique et un visiteur de prison. Vous pouvez expliquer les raisons de cet autre versant de votre personnalité ?

Père Scholtes :  Je ne crois pas que soit un autre Tommy, c’est le même !… Si je suis aumônier (1/3 temps) aux Cliniques St-Luc à Woluwe et célébrant régulier à la Prison des Femmes de Forest-Berkendael, c’est parce que je suis convaincu qu’en tant que prêtre, je peux aussi dans ces milieux-là, mettre un peu de Jésus-Christ et de son Evangile par l’accueil, l’écoute, l’accompagnement de ces vies fragiles ou fragilisées.
J’ai été visiteur de prison (depuis 1974) à Namur, Verviers,  Leuven, Jamioulx… et aujourd’hui pour les détenues de Berkendael, je célèbre la messe une fois par mois. A chacune de mes entrées d’hier ou d’aujourd’hui dans les prisons, c’est toujours la parole que le juge Jean-Pierre Bibot m’a dite un jour qui me revient : « Le visiteur de prison, c’est la bouffée d’air pour le détenu !». J’espère être toujours cette bouffée d’air !
A Saint-Luc, je suis aumônier dans des services de soins intensifs et de cardiologie. Ce sont souvent des malades graves que je rencontre et dont l’espérance de vie est parfois comptée. L’aumônier n’est pas en position dominante, il est là, en frère d’humanité écoutant l’angoisse, les peurs, le découragement du malade et y mettant parfois une parole d’espérance chrétienne. A Saint-Luc, ce sont les paroles de Claudel qui me reviennent : « Jésus-Christ n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer. Il est venu la remplir de sa présence ».

Horizons : Un grand merci pour cet entretien ! Avez-vous un mot à ajouter ?

Père Scholtes : Je ne suis pas un ancien de Saint-Michel mais un ancien du Collège Notre-Dame de la Paix à Namur. Je suis même de la première rhétorique (1972) qui fut proclamée sur le site d’Erpent !

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