Que devenez-vous, Madame Veldekens ?

Dans la recherche de ce « que deviennent » les anciens professeurs de rhéto du collège, Horizons ne veut pas se limiter qu’aux titulaires mais rencontrer aussi d’autres professeurs. Place donc aujourd’hui à l’interview d’un professeur féminin qui a enseigné en rhétorique : Madame Martine Veldekens.

Horizons : Madame Veldekens, si mes souvenirs sont exacts, vous avez pris votre pension en 2008. Vous étiez alors depuis combien d’années à St-Michel ?

Mme Veldekens : Je suis arrivée au collège en 1985. J’y ai été professeur pendant vingt-trois ans. Et avant cela, plus de dix-sept années à l’Ecole Notre-Dame des Champs à Uccle. J’ai quitté cette institution parce qu’elle traversait quelques difficultés et subissait la concurrence d’autres écoles. Et comme j’étais menacée de réaffectation, je me suis mise moi-même en recherche d’une autre école… Je connaissais St-Michel de réputation et un de mes frères y avait fait ses études. J’ai donc frappé à la porte du Père De Deckere, directeur de l’époque, et il m’a acceptée. Une nouvelle étape de ma vie professionnelle commençait. Je quittais, en effet, un établissement d’enseignement que j’appréciais beaucoup.

Horizons : Qu’avait de particulier Notre-Dame des Champs ?

Mme Veldekens : A la fin des années 60, cette école a opté pour l’enseignement rénové et son corps professoral s’est investi sans aucune réserve dans cette réforme de l’enseignement. Nouvelles méthodes d’enseigner, formation et recyclage divers, souci de se remettre en question, partage d’expériences pédagogiques : tout cela favorisait à Notre-Dame des Champs un climat de motivation et contribuait à créer entre professeurs une ambiance de collaboration et de camaraderie. Ce fut un moment précieux et inoubliable de ma carrière de prof.

Horizons : Vous semblez avoir un peu de nostalgie pour cette époque de votre vie ?

Mme Veldekens : Mme Veldekens : Effectivement, car à Uccle, je donnais cours de Néerlandais, entre autres, dans une section qui avait un profil tout à fait particulier : « arts d’expression et théâtre ». Une option du rénové très rare à Bruxelles, en ces années-là, et avec des élèves très expressifs et très enthousiastes sous la houlette d’un remarquable professeur de théâtre : Paul Debelle que certains lecteurs d’Horizons connaissent sûrement et qui avait des talents extraordinaires de création et d’expression artistiques ainsi qu’une capacité peu commune de les susciter et de les épanouir chez ses élèves. Je garde de très beaux souvenirs de ce professeur et des moments passés avec les élèves de cette option. Certains font aujourd’hui carrière sur les scènes théâtrales belges.

Horizons : Et de Saint-Michel, vous avez des souvenirs aussi enchantés ?

Mme Veldekens : Bien sûr mais d’un autre genre ! Et puis, je n’ai pas dit qu’à Notre-Dame des Champs tout était parfait. En tout cas, ce qui m’a de suite frappée en arrivant à St-Michel – je commence par le périphérique… c’était les estrades dans les classes ! A Notre-Dame des Champs, elles étaient bannies. Les profs se mettaient au même niveau que les élèves ! J’ai donc goûté au plaisir de monter sur une estrade : ce qui, avouons-le, a un côté bien pratique : le professeur voit tous ses élèves et eux, leur prof ! Puis le second constat marquant de mes débuts à St-Michel : c’était la présence d’un éducateur ou d’une éducatrice pour chaque niveau d’étude. A Notre-Dame des Champs, il n’y en avait qu’un ou deux pour toute l’école. A StMichel, quel luxe et quel bénéfice pour l’éducatif et le pédagogique !

Horizons : Et de vos vingt-trois années à St-Michel que diriez-vous plus fondamentalement ?

Mme Veldekens : Mme Veldekens : Saint-Michel fournit à ses professeurs de multiples possibilités pour être un bon prof ! … D’abord, un public d’élèves qui constitue un auditoire « en or », car on a en face de soi, en toute grande majo-rité, des élèves réceptifs et participatifs. Ensuite, une structure qui suscite et soutient ses professeurs dans l’approfondissement de ses connaissances disciplinaires et pédagogiques. En plus, j’ai toujours apprécié à St-Michel le climat respectueux des personnalités différentes des professeurs ainsi que l’ouverture d’esprit des titulaires à l’égard de leurs collègues de classe. J’ai perçu aussi à St-Michel un souci constant d’ouvrir les élèves au monde actuel. Et en disant cela, je pense en particulier aux élèves de Cinquième qui allaient en retraite sociale. Ce qui m’a marquée aussi, c’est le mandat limité dans le temps des directeurs jésuites. Ces changements de direction provoquaient des renouvellements ou des remises en question dans les façons de pratiquer ou de penser. Puis enfin, j’évoquerais l’arrivée des filles au collège. Etant un peu féministe, j’ai accueilli avec enthousiasme dans mes cours les premières filles au collège. J’ai toujours trouvé très important qu’elles puissent s’épanouir, travailler et se débrouiller dans la vie.

Horizons : N’y aurait-il pas un peu de négatif à St-Michel ?

Mme Veldekens : Oui, mais c’est le revers à la médaille de l’excellence ! J’ai ressenti parfois un souci un peu trop poussé de perfectionnisme quand, par exemple, la pédagogie par « compétences » s’installait et où, par peur des inspections, on se voulait « plus catholique que le pape » ! … Pour ma part, ma priorité dans mon enseignement du néerlandais, a toujours été de donner à l’élève la possibilité de parler, de s’exprimer, de « se jeter à l’eau » seul ou avec d’autres. C’est pourquoi, j’ai beaucoup apprécié le moment de ma carrière où le directeur de l’époque m’a chargée d’inaugurer en 4ème un cours de conversation, en demi-groupe.

Horizons : Pourquoi et comment êtes-vous devenue professeur de langues ?

Mme Veldekens : Je suis issue d’une famille bilingue et enracinée dans deux cultures. Je suis née à Zulte, le long de la Lys. Mon père y était directeur d’une tannerie. Je suis l’aînée de cinq enfants : trois filles, deux garçons. J’ai fait mes primaires et mes humanités en néerlandais à Gand. Toutefois mes parents ont voulu que je fasse mes deux dernières années d’Humanités en français. Et j’ai atterri à la Vierge fidèle comme pensionnaire ! … Ce fut pour moi un déracinement douloureux d’autant que tout mon réseau de relations était à Gand et que j’y jouissais de beaucoup de liberté !… Mais finalement, je n’ai été pensionnaire que pendant une bonne année, car mon père ayant perdu sa situation à Gand, toute ma famille s’installa à Bruxelles. Au sortir de mes humanités, après quelques hésitations, mon don pour les langues l’emporta et m’orienta vers un régendat en langues modernes chez les Dames de Marie à Bruxelles.

Horizons : Et aujourd’hui pensionnée, que faites-vous ?

Mme Veldekens : J’avoue qu’après avoir connu l’époque des agendas surchargés et la course après le temps pour bien faire son métier, je me laisse maintenant guider par la joie de vivre et par plus d’improvisation. J’ai quand même trois passions auxquelles je consacre du temps : le golf, les voyages et la lecture. J’ai toujours été très sportive et outre le tennis et le squash, mon sport préféré est le golf. Je le pratiquais déjà un peu dans un club néerlandophone quand j’étais professeur, mais maintenant j’y vais trois ou quatre fois par semaine. C’est une activité qui déstresse et qui maintient en forme, en alliant le contact avec la nature et la pratique du néerlandais ! Quant à mes lectures, j’ai une préférence pour la littérature étrangère, sud-américaine en particulier, ainsi que celle qui me permet de mieux comprendre les lieux de mes voyages. Car j’effectue, en effet, un grand voyage chaque année. Les trois derniers se sont passés au Népal, au Guatemala et en Birmanie et j’opte toujours pour des voyages en petits groupes (pas plus de dix personnes) : ce qui facilite le contact et l’approche de l’autre.

Horizons : A la fin de cette interview, vous aimeriez encore ajouter quelque chose ?

Mme Veldekens : Parmi mes centres d’intérêt, il y a aussi ma famille et particulièrement mon fils. En 1973, j’ai adopté un enfant coréen de six mois et donc l’éducation et le développement d’Alec ont été aussi mes préoccupations quotidiennes. Aujourd’hui Alec est un adulte et il exerce le métier de consultant mais cela n’empêche pas le coeur d’une maman de veiller sur lui à distance.

Horizons : Je vous dis un tout grand merci, Mme Veldekens, d’avoir accepté cette interview et d’avoir permis ainsi à vos anciens élèves de vous retrouver et de mieux vous connaître.

Mme Veldekens : Effectivement ! Moi aussi j’éprouve toujours beaucoup de plaisir et de bonheur à revoir mes anciens ou mes anciennes et renouer ainsi le contact.