Quand une cellule fait progresser les droits de l’homme

Une quinzaine d’élèves habillés en soldat pénètrent rapidement dans la cour 1-2, occupent un périmètre stratégique et se figent pendant de longues minutes. Voilà un spectacle qui aura certainement intrigué bon nombre de visiteurs le samedi 12 mai dernier, jour de la fête du Collège. Il s’agissait d’une opération orchestrée par les élèves de la cellule Amnesty International dans le cadre d’une campagne de sensibilisation au sort des enfants soldats. Pour ceux qui en doutaient encore : nos élèves s’engagent et ils le font de manière originale et efficace.

En janvier dernier, et dans la foulée de l’extraordinaire succès de la vente de bougies réalisée au profit de cette ONG, madame Pétillon et monsieur Léonard, ac- tifs en faveur de l’organisation depuis des années, ont proposé à des élèves de 4e et de 5e années de créer une cellule Amnesty au collège. Seize élèves ont répondu à cet appel.

Puisque certains de ces élèves appartiennent à ma classe de 5T4 et que j’ai dès lors eu l’occasion d’apprécier leur engagement au cours des derniers mois, j’ai souhaité partager mon enthousiasme avec les lecteurs d’Horizons.

Si certains d’entre eux étaient déjà des familiers d’Amnesty parce que leurs proches soutenaient cette association depuis des années, le déclencheur de leur engagement fut leur participation à la campagne de vente des bougies de novembre dernier. La 5T4 était avec la 4T8 une des deux classes pilotes, et ces élèves se sont mobilisés de manière exceptionnelle en assurant des permanences pendant une semaine durant les récréations, en passant dans les classes pour sensibiliser les autres élèves … Le résultat, plus de 8.900 euros, fut à la hauteur des efforts consentis. L’élan était créé, encore fallait-il que cet enthousiasme initial se confirme sur la durée. C’est cette constance qui me paraît la plus remarquable. Les élèves de la cellule se réunissent tous les 15 jours. Monsieur Léonard et madame Pétillon assistent à certaines réunions, mais ils ont pris le parti de laisser les élèves décider en parfaite autonomie de la forme qu’ils donneraient à leur engagement. Les réalisations concrètes n’ont d’ailleurs pas manqué : les élèves du groupe Oxfam et ceux de la cellule Amnesty ont participé à une journée de formation au cours de laquelle ils ont appris à organiser des opérations de sensibilisation comme celle de la fête du Collège ; ils ont mis sur pied une première action lors de la journée de la femme, ils ont créé un groupe public sur facebook, puis ont animé un stand d’information durant la fête du collège.

Cet engagement a été pour bon nombre d’entre eux une prise de conscience de la situation des droits de l’homme dans le monde. Amnesty diffuse en effet une information très riche et met sur pied des rencontres avec des témoins privilégiés. Toutefois, ces élèves disent avoir surtout pris conscience de la force de l’engagement non violent et de l’efficacité de petits gestes a priori anodins comme la signature d’une pétition pour faire avancer une cause. Le bilan des cinq derniers mois est donc enthousiasmant, mais les élèves de la cellule ne comptent pas en rester là. Ils évoquent déjà la nécessité pour l’an prochain d’organiser un peu mieux la communication dans les classes, de mieux faire connaître la cellule dans un collège où les activités ne manquent pas et d’assurer la relève.

Lorsque l’avocat britannique Peter Benenson décida de fonder Amnesty International en 1960, l’opinion publique n’était pas aussi sensibilisée qu’aujourd’hui à l’universalité de la notion de droits de l’homme, mais grâce au travail patient de milliers de bénévoles, ces droits ont progressé dans bien des parties du monde. Cependant, bien des batailles doivent être encore menées et certains de nos élèves ont compris qu’il n’était pas nécessaire d’attendre l’arrivée dans la vie adulte pour agir en citoyen responsable.