Présider aux destinées d’Espace Social Télé-Service

Présider aux destinées d’Espace Social Télé-Service pendant cinq années, qu’en retenez-vous au niveau humain?

Au moment où j’ai arrêté ma vie professionnelle, je voulais tourner une page passionnante et découvrir autre chose. Je connaissais un peu Espace Social Télé-Service et j’ai accepté, il y a près de 10 ans, de rejoindre ses équipes. Je n’ai pas été déçu. Je rentrais dans le secteur de l’action sociale ; j’y ai découvert un autre monde, par la réalité humaine de la détresse, par la motivation, l’engagement et l’esprit d’équipe qui créent une ambiance étonnante.

Cela conduit immanquablement à adopter une attitude d’écoute ouverte qui précède toute analyse et recherche de solution, et rejette toute défense à priori de ses propres idées. Entrer dans ce processus d’écoute, c’est découvrir la diversité de l’autre et le caractère relatif de ses propres évidences, c’est lutter contre les attitudes de type « pensée unique », car ce n’est pas parce que d’autres ont un cheminement de pensée différent du mien, qu’ils sont probablement plus loin de la vérité. C’est ma perception au plan interpersonnel, mais aussi au plan associatif ou entrepreneurial. Quel que soit le niveau de ses responsabilités, on a plus de chances d’approcher la vérité en confrontant ses idées avec celles de ceux qui pensent autrement, plutôt qu’avec celles de ceux qui pensent semblablement.

Que représente Espace Social Télé-Service? En nombre de bénévoles, de permanents, de clients/bénéficiaires, de moyens financiers…..?

Espace Social Télé-Service a une mission : aider les personnes démunies à se mettre debout, à se prendre en charge elle-même. Il s’agit donc de les accompagner dans leur détresse pour qu’elles retrouvent autonomie, fierté, … pour qu’elles soient des citoyens à part entière, et conscients de l’être. C’est une mission de service à la personne, de coaching pour rendre autonome et non pas un assistanat qui créerait la dépendance. Pour y arriver il faut écouter en vérité la détresse concrète où se trouve la personne : c’est à partir de là qu’on aide à remonter la pente.

S’agissant d’une mission de service à la personne, notre principale ressource consiste en de nombreux volontaires, salariés et bénévoles, qui ensemble consacrent 80.000 heures/an à écouter et aider plus de 6000 personnes qui font appel à nous. Ces heures sont prestées, environ par une moitié, par 45 travailleurs sociaux salariés, et par 200 bénévoles. Cette mixité « travailleurs sociaux / bénévoles » est voulue : elle rassemble une large palette d’expériences et de compétences, qui renforcent notre professionnalisme, et elle constitue une expression concrète de citoyenneté, essence même de notre mission.

Tout cela a un coût : le budget annuel s’élève à près de 2 millions d’euros. Un peu plus de la moitié provient de subsides publics et de primes à l’embauche ; le solde doit provenir d’ailleurs : des dons et legs privés, l’organisation d’évènements, des contributions financières demandées aux personnes faisant appel à nos services. Ces contributions sont symboliques mais elles créent une coresponsabilité de la personne, cohérente avec notre démarche. La mixité « public / privé » des ressources financières est indispensable d’un point de vue économique, mais est porteuse de sens. Pourrait-on imaginer une action citoyenne qui ne serait pas portée et par la Cité et par les citoyens ?

Vous le comprenez : Espace Social Télé-Service est confrontée à plusieurs défis sociaux d’abord, car le nombre des personnes démunies ne régresse pas et la nature des détresses rencontrées est en évolution permanente. Mais il y a aussi les défis au niveau des moyens : accroître le nombre de sympathisants dans le monde des entreprises et dans celui des personnes privées, gérer le renouvellement des équipes de bénévoles et assurer le support financier de nos actions et projets. Relever ces défis est fondamental pour la pérennité de notre mission.

Avant vos responsabilités dans le non marchand, vous avez dirigé une société multinationale; quelles en sont les différences au niveau gestion ?

Il me semble que les différences au niveau gestion résultent de trois aspects : la loi du marché, la finalité de l’entreprise et la motivation du personnel.

Les secteurs marchand et non marchand, doivent tous deux s’assurer que les biens ou services produits ré-pondent adéquatement à des besoins. Cependant, il y a une différence : > dans le marchand, les revenus d’une entreprise proviennent in fine des consommateurs : la performance économique est donc liée à l’adéquation offre / demande ; c’est la loi du marché ;

> dans le non marchand, les bénéficiaires contribuent peu ou pas au coût de production ; une adéquation offre / demande ne conduit pas nécessairement à un financement correct.

Dans le secteur marchand, les actionnaires / propriétaires de l’entreprise en définissent la raison d’être dont le profit fait partie – et attendent bien que cette raison d’être soit déclinée dans la gestion.

Une ASBL a par définition des objectifs qui ne comprennent pas le profit. Elle doit cependant être en équilibre budgétaire sur le long terme pour assurer sa pérennité, mais cet aspect économique ne fait pas partie de sa raison d’être et ne constitue donc pas un critère prioritaire dans sa gestion.

Quel que soit le secteur, la motivation du personnel est multiple : elle comporte par exemple des aspects de « carrière » et des aspects d’adhésion au « sens de l’action professionnelle ». C’est vrai dans le secteur marchand et dans le secteur social. Les personnes actives dans le secteur social sont en général particulièrement concernées par le sens de leur action professionnelle, et donc par les choix qui sont effectués dans les associations où elles se sont engagées.

Ces différences font que les défis économiques, ceux du marché et ceux des ressources humaines, me semblent moins corrélés dans le secteur non marchand que dans le secteur marchand. Cette moindre corrélation a une influence sur la façon de prendre des décisions, d’évaluer les actions, d’animer les ressources humaines. La gestion en est parfois assez différente ; c’est une richesse. J’ai été heureux de l’expérimenter.

Le secteur public, vu le déficit des Etats et des Régions, risque de diminuer ses subsides; que faut-il faire?

C’est sans doute un risque. Il faut donc en réduire la probabilité : convaincre les pouvoirs publics que l’action d’Espace Social Télé-Service s’inscrit parmi les priorités de la vie ensemble dans la « Cité ». Réduire les moyens financiers alloués au secteur social est inacceptable car contraire aux valeurs sociales et humaines. Cela aggraverait la fracture sociale et déboucherait sur une bombe sociale.

Convaincre … c’est un défi de communication et de notoriété ; tous sont concernés, aussi bien les personnes actives dans le secteur social que les sympathisants. Il ne s’agit pas seulement d’exprimer sa sympathie mais de la rendre contagieuse. L’enjeu est de rendre évident que le sentiment de citoyenneté dépasse le court terme des contingences électorales, et qu’il est porté par la « Société Civile ». Pour cela, il faut accroître le nombre de sympathisants, prêts à témoigner.

Y a t il assez ou trop d’associations qui s’occupent des gens assis au bord de la route qui doivent être remis debout? Une plus grande synergie ou des fusions entre non marchand, est ce possible ou souhaitable?

Globalement pas assez, c’est certain. Mais il est difficile d’avoir une évaluation correcte, car elle devrait tenir compte de multiples aspects : caractère prioritaire des actions menées, structure des diverses associations (salariés et/ou bénévoles), appréciation des effets long terme obtenus, ….

Une plus grande synergie entre associations et avec des organismes publics devrait effectivement être recherchée.

Des fusions peuvent bien sûr être envisagées. Il me semble que cette réflexion ne doit pas être faite au niveau des principes mais pour des opportunités pragmatiques ; une analyse objective et concrète des avantages et inconvénients est en effet indispensable :

> aspect humain et structuration des équipes (salariés, bénévoles, statuts divers) ;

> relations avec les pouvoirs publics (subsides et agréments) ;

> importance de pouvoir présenter aux pouvoirs publics, aux personnes privées et aux sponsors, des missions cohérentes, des projets concrets, à taille humaine, et réalisés dans des structures claires.

Mais que peuvent faire les Anciens Elèves du Collège Saint Michel pour Espace Social Télé-Service?

Mieux nous connaitre, exprimer leurs commentaires et leur sympathie, soutenir notre action d’une manière ou d’une autre.

Pour en savoir plus et découvrir comment nous soutenir, allez sur www.espacesocial.be.
Pour dialoguer avec un témoin, prenez contact avec Jean Fierens (jean.fierens@skynet.be).
Pour vous informer des possibilités de bénévolat, appelez Etienne Monnier au 02 / 548.98.00.
Pour passer une soirée resto conviviale et solidaire au profit de notre action, allez sur www.restossolidaires.be.