Occupe-toi d’Amélie ou quand la légèreté laisse une empreinte profonde

Vendredi 25 février, 22h50 : la dernière des trois représentations d’Occupe-toi d’Amélie de Georges Feydeau, la pièce des élèves, vient de s’achever dans la salle du Théâtre Saint-Michel. Les jeunes comédiens et toute l’équipe mobilisée par le projet peuvent savourer une dernière fois les réactions fort enthousiastes du public et la satisfaction d’avoir relevé un beau défi. Pour la dernière fois, nous sommes ensemble et nous partageons le bonheur rare qu’apportent les aventures collectives réussies.

Plus de deux mois plus tard, c’est le mot « rencontre » qui me vient naturellement à l’esprit pour décrire cette expérience.
En effet, ce projet fut tout d’abord la rencontre avec un texte avec lequel Etienne Smoes et moi avons vécu pendant près d’un an et que nous avons pris plaisir à explorer et à faire découvrir en tant que metteurs en scène. En mars 2010, nous avions formé le projet de présenter un vaudeville, et, quitte à renouer avec cette veine que nous avions déjà exploitée avec Un fil à la patte, nous nous étions à nouveau tournés vers le maître absolu du genre, Georges Feydeau. La lecture d’Occupe-toi d’Amélie, dont l’acte II est à mes yeux un des sommets du théâtre comique, nous a convaincus rapidement que nous tenions un texte capable de toucher un large public et de mettre en valeur l’énergie de nos élèves.

A ce propos, ce projet fut aussi la rencontre de comédiens avec des rôles, et, comme dans tout vaudeville, il y eut des coups de foudre et des mariages de raison. Certains élèves sont parvenus à s’emparer d’un personnage dès les auditions et à proposer instinctivement une composition tout à fait convaincante, qui s’est imposée comme une évidence. D’autres ont dû accepter qu’ils n’auraient pas le rôle qu’ils convoitaient, avant de commencer à cerner les possibilités du personnage que nous leur avions attribué. Aider ces jeunes comédiens à entrer dans leur texte et à trouver les attitudes adéquates, puis les voir défendre de mieux en mieux leur personnage fut un plaisir chaque fois renouvelé. Après cinq mois de travail, ils étaient capables d’habiter leur personnage pour devenir l’espace de quelques heures un truculent quinquagénaire venu d’Anvers, un prince slave aux manières rustres, une cocotte parisienne, la mère cupide de cette dernière, ou encore une comtesse naïve et son premier amant à la vie bousculée.

Enfin, la mise en scène d’Occupe-toi d’Amélie fut pour moi une rencontre avec un groupe de plus de vingt personnes. Bon nombre de comédiens se connaissaient déjà puisqu’ils en étaient à leur troisième aventure théâtrale, mais je faisais partie des nouveaux venus. Tout n’alla pas toujours sans mal, car il fallut trouver un compromis entre la rigueur nécessaire à la réussite des représentations et la dimension conviviale de l’activité, mais les heurts demeurèrent rares et l’ambiance fut fort agréable. Les deux dernières semaines, marquées par le plaisir de contribuer à un projet commun et de mesurer à quel point les efforts consentis étaient fructueux, resteront pour chacun des membres de notre troupe un moment de bonheur dont nous garderons longtemps le souvenir.

Le théâtre des élèves à Saint-Michel est une longue histoire qui s’enrichit chaque année d’un nouvel épisode. Je suis heureux d’avoir contribué à écrire celui de l’année 2011 en compagnie d’Etienne Smoes, de Bob de Ridder pour la régie et les décors, ainsi que d’un groupe d’élèves très attachants et talentueux.