Nicolas de Glos (Ads 1929) : un grand officier devenu humble frère jésuite

Horizons : Alain Deneef (Ads 1978) poursuit pour nous sa série de portraits d’anciens élèves, tirés du riche répertoire des anciens du collège Saint-Michel qui se sont fait un nom dans les domaines les plus divers.

Nicolas de Glos (Ads 1929) : un grand officier devenu humble frère jésuite

Nicolas de Glos, né à Cannes (France), le 10 février 1911 et mort à N’Djamena (Tchad), le 23 mai 1976, fut banquier, officier, administrateur de la France d’Outremer et frère jésuite.

Né d’un père picard et d’une mère russe, Nicolas est un jeune garçon dont l’intelligence vive fait l’admiration des siens quand la mésentente entre ses parents se conclut par un divorce. Sa mère part vivre en Autriche et son père consent à le confier à un cousin de celle-ci qui vit à Bruxelles. Nicolas est inscrit au collège Saint-Michel, le 21 juillet 1921 en 5e primaire. Il y passera une scolarité sans problème, la plupart du temps comme pensionnaire. Dans sa famille d’adoption, « Nicky » est un gamin de dix ans doué, réfléchi, souriant, qui préfère la lecture au sport et qui, déjà, aime prier… Dès l’adolescence, Nicolas de Glos envisage d’entrer dans les ordres, ce qui laisse pantois ceux qui admirent son élégance et son physique d’acteur de cinéma. A l’âge de dix-huit ans, il achève ses humanités en sortant en 1929 de la rhétorique A, la dernière du père Joseph Deharveng.

Mais il n’a pas changé d’avis et entend l’appel de Dieu pour la Compagnie de Jésus. C’est son père, qu’il revoit aux grandes vacances scolaires et qui connaît alors un sévère revers de fortune, qui va le dissuader. Face à ce père qui le supplie de ne pas l’abandonner, le jeune homme va renoncer à la vie religieuse par pure fidélité filiale. Pendant une dizaine d’années, Nicolas de Glos va travailler à Bruxelles dans le secteur bancaire, à la banque de Saint-Phalle, puis dans celui des assurances, avec une parenthèse pour effectuer son service militaire en France, au 15e régiment d’artillerie de Douai.

Quand, en 1939, son employeur lui propose un poste au Congo belge, il saisit l’occasion de sortir de cette vie routinière qui lui pèse. Il embarque en septembre 1939, quelques jours avant la déclaration de guerre qu’il apprend par la radio du bord. Débarqué à Mombassa, il est aussitôt mobilisé et invité à rejoindre Brazzaville par le rail puis par le grand fleuve. Nommé aspirant, il est instructeur au camp d’Ornano où il reçoit les nouvelles recrues, les jeunes tirailleurs africains et français appelés à former le 11e Bataillon de marche du Tchad. Pendant ces quelques mois, chaque matin avant de rejoindre le camp d’Ornano, il se rend à la première messe célébrée à l’église du Plateau pour y recevoir la communion. Dans cette période d’incertitude, Nicolas de Glos est démobilisé. Mais à peine a-t-il traversé le fleuve pour se présenter à son nouveau poste à Léopoldville qu’il apprend que les officiers de Brazzaville viennent de se ranger derrière de Gaulle pour poursuivre la lutte. Il retraverse alors le fleuve dans l’autre sens pour signer sans attendre son engagement dans les Forces Françaises Libres (FFL) au sein desquelles il demande à servir dans une unité combattante. Maréchal des logis d’Artillerie, il est affecté comme sergent d’Infanterie coloniale au Bataillon de marche n°1 (BM 1). Bientôt promu adjudant, il prend part à la campagne du Gabon en novembre 1940, puis à celle de Syrie en juillet 1941. Pour son courage, le général de Gaulle en inspection au Levant va lui accrocher les galons de sous-lieutenant.

A l’automne 1941, il est muté au Bataillon de marche n°11 (BM 11) sous le commandement du capitaine Langlois et participe aux opérations de Libye, à l’oasis de Djaraboub notamment, puis à celles d’Egypte, en octobre 1942 à El Alamein. En raison de ses qualités intellectuelles, il est affecté sur ordre du général Brosset au 3e Bureau de la 2e Brigade où il rend les plus grands services au cours des opérations du 9 au 11 mai 1943 à Takrouna en Tunisie. Le lieutenant de Glos participe ensuite activement à la campagne d’Italie; ainsi, il assure, du 11 au 18 mai 1944, la liaison avec la brigade voisine puis, du 18 au 26 mai, les fonctions d’officier observateur de la Brigade. Il débarque en Provence en août 1944 comme chef du 3e Bureau de la 1ère Division française libre et se distingue lors des combats, du 19 au 25 août pour la libération de Toulon. Au début de l’année 1945, il obtient de servir à nouveau dans une unité combattante, comme capitaine adjoint au commandant du BM 11. Il prend part alors aux diverses opérations dans les Alpes-maritimes faisant preuve d’une grande bravoure et d’un sens tactique aigu. Il se distingue particulièrement au cours des attaques du Plan Caval, le 11 avril 1945, et de la Tête de la Secca, coordonnant parfaitement l’action artillerie-infanterie.

En récompense de ces actions courageuses, le général de Gaulle fait Nicolas de Glos Compagnon de la Libération par décret du 7 août 1945 : « Officier rallié aux FFL en 1940, précise la citation. A participé à toutes les campagnes de Syrie, Libye, Tunisie, Italie et France. Officier animé d’un noble idéal et d’une grande conscience professionnelle (…) » Ses faits d’armes lui vaudront également de devenir Officier de la Légion d’honneur, Commandeur de l’ordre national du Mérite, Officier de l’ordre national du Tchad et Officier de l’Etoile noire du Bénin. Il obtiendra aussi la Croix de guerre 1939-1945 (avec deux citations), la Médaille coloniale avec agrafes « Libye » et « Tunisie » et la Silver Star (USA).

Démobilisé en 1945, il décide de regagner l’Afrique qu’il a appris à aimer, avec la ferme intention d’y exercer des responsabilités. Pour ce faire, il suit pendant un an une formation au sein de l’Ecole d’administration de la France d’outre-mer avant d’intégrer à Brazzaville le cabinet de Henri Grimal, secrétaire général du gouvernement général de l’Afrique-Equatoriale Française. Il est ensuite installé sur place comme chef de district, puis comme chef de région, notamment à Grimari, au centre du pays. Puis il rejoint le Tchad en 1957 pour devenir préfet de Mongo, chef-lieu de la région montagneuse du Guera, où il se lie d’amitié avec les missionnaires de la Compagnie de Jésus. Chaque matin, on remarque la silhouette émaciée de ce haut fonctionnaire qui ne manque jamais la première messe avant de se rendre à son bureau.

C’est que Nicolas de Glos n’a jamais renoncé à servir Dieu. Ce qu’il a enfoui au fond de son cœur à l’adolescence à la demande de son père est resté bien vivant. Passé le cap de la cinquantaine, il décide donc de prendre congé de l’administration de la France d’outre-mer pour se mettre au service de Mgr Dalmais, l’archevêque de Fort-Lamy, et diriger le Secrétariat des œuvres du Tchad. Deux ans plus tard, en raison de la dégradation rapide de la santé de son père, il décide de regagner la France où la Compagnie de Jésus, qui ne veut le perdre à aucun prix, lui confie le poste d’administrateur de sa prestigieuse revue Etudes. Son collègue, le père Vandamme sj, se souvient : « En vérité, Nicolas avait donné sa vie à son père. Il pouvait maintenant, son père mort en 1968, la donner à la Compagnie pour le Royaume. […] A 17 ans, Nicolas voulait être prêtre ; à 57 ans, il choisissait d’être frère coadjuteur. Sa culture devait le conduire à la prêtrise ; sa volonté d’effacement lui donnait la mission de Frère. » Au centre spirituel jésuite Manrèse de Clamart, au sud de Paris, Nicolas de Glos va passer une pleine année de noviciat, après avoir bénéficié d’une triple dispense : pour son âge, pour la durée du postulat et pour l’obligation faite à tout novice de résider dans une maison de probation canoniquement érigée…

En 1969, quand le frère Nicolas arrive à N’Djamena, c’est pour renforcer l’équipe des sept frères déjà au service de l’Eglise du Tchad. Ils sont imprimeurs, mécaniciens, architectes, comptables, catéchistes… Plus intellectuel, le nouveau venu se voit confier par l’archevêque la lourde charge de diriger l’enseignement privé catholique dans les quatre diocèses. Il est aussi nommé directeur diocésain de l’enseignement primaire à N’Djamena. Le frère de Glos visite chaque maître dans son école, dans sa mission, prévoit et prépare son recyclage en liaison avec le ministère de l’Education nationale du Tchad. Il a la charge budgétaire des deux collèges secondaires des deux diocèses de N’Djamena et de Sarh. A son bureau à la procure de N’Djamena, il se charge de la formation des jeunes catéchumènes de seize à vingt ans qu’il accompagne jusqu’au baptême. Il participe aussi à la chorale de la cathédrale.

Tout bascule tragiquement le dimanche 23 mai 1976, à l’issue de la messe de 8h30 célébrée dans la cathédrale Notre-Dame par l’abbé Hubert Vernet. Le Frère de Glos l’a aidé à distribuer la communion. Tous deux sont descendus à la sacristie pour y déposer leurs aubes quand, revenu dans la cathédrale, le père Vernet voit passer un grand gaillard avec deux ciboires remplis d’hosties consacrées. Sans hésiter, il lui barre le chemin et parvient à lui arracher des mains l’un des ciboires. En un éclair, le voleur lui plante alors dans la poitrine la lame d’un long couteau. Témoin de la scène, le frère de Glos intervient à son tour pour tenter de bloquer la fuite de l’agresseur, mais celui-ci lui enfonce brutalement son couteau dans le cou, lui sectionnant la carotide. Nicolas de Glos est conduit à l’hôpital où il va mourir quelques minutes plus tard sur la table d’opération. Le meurtrier sera retrouvé peu après, caché dans le fond de la cathédrale, alors qu’il vient d’avaler toutes les hosties du calice qu’il avait pu conserver.

Deux jours plus tard, dans cette même cathédrale, les obsèques du frère de Glos sont célébrées dans les pleurs. Tous les amis de la victime, religieux, autorités locales, chrétiens, catéchumènes… sont choqués par sa fin tragique : « Ils gardaient dans la mémoire de l’amitié la lumière de ce regard, de ce sourire, de ce calme dévouement, de cet amour donné », dira son collègue le père Gabin. Le 2 juin suivant, en l’église jésuite Saint-Ignace-de-Loyola de la rue de Sèvres à Paris, une nouvelle cérémonie religieuse rassemble une foule nombreuse autour de sa dépouille ramenée la veille du Tchad. Une vingtaine de jésuites de France et du Tchad prient leur frère. Dans la foule, il y a des amis de la guerre, d’autres de la mission du Tchad, des anciens des Etudes et des Français Libres de Brazzaville… Au premier rang, la veuve du maréchal Leclerc est venue dire toute l’estime que le chef légendaire de la 2e DB avait pour Nicolas de Glos qu’il avait connu au combat. Après une troisième et brève cérémonie en l’église d’Hornoy, village de la Somme et berceau de sa famille paternelle, le frère Nicolas de Glos est inhumé dans une grande tombe, au centre du cimetière communal.

Sur Nicolas de Glos

Gabin, J. sj, Le Frère Nicolas de Glos (1911-1976), in Echos, n°5, octobre 1976, p. 28-31

Bardy, Gérard, Les moines-soldats du Général, Plon, Paris, 2012, 276 p. (chapitre 7)