Ménologe du Père André Roberti de Winghe

88_18 Le Père André Roberti de Winghe s’est éteint paisiblement le 20 septembre dernier à Bruxelles dans sa communauté de saint- Claude La Colombière, à l’âge de 88 ans. Il était né à Louvain le 10 juillet 1925, deuxième fils d’une famille qui comptera cinq enfants. Après ses humanités au collège de Godinne, il entre dans la Compagnie de Jésus en septembre 1942. Il est ordonné prêtre en 1955. Au terme de sa formation, il retrouve en 1957 le collège saint-Michel de Bruxelles où il avait accompli un stage dit de « régence », de 1949 à 1952. Accompagnateur spirituel, aumônier scout et professeur de religion : c’est dans cette triple tâche que naîtront les intuitions et les projets qui orienteront son apostolat. En cette période préconciliaire et conciliaire de Vatican II, un grand vent d’ouverture souffle sur l’Eglise et la Compagnie. Le Père Roberti comprend que la formation donnée au collège devrait, à côté de la recherche de l’excellence intellectuelle, inclure le souci de l’ouverture du cœur. Dans ce but, le docteur Louis Yasse, fondateur du CBIMC (Centre belge d’éducation pour infirmes moteurs cérébraux) le met en contact avec des jeunes moins valides. Dès 1964, André Roberti se rend à Lourdes avec ses scouts accompagnant des personnes handicapées. D’année en année, l’équipe des accompagnateurs se développe : élèves garçons et filles puis étudiants universitaires. En 1970, la première équipe-hôtel est créée, formule originale d’intégration chaleureuse aux accompagnateurs des personnes handicapées qui échappent ainsi à l’hébergement dans les grands centres d’accueil. Le 49e pèlerinage de ce mois d’août dernier, le dernier du Père André, comptait 170 jeunes, 70 personnes handicapées et 40 aînés, sous la houlette du Père Charles Delhez, ancien de saint-Michel et ami de longue date du Père André. Dès 1971, André Roberti ouvre avec quelques collaborateurs un foyer d’accueil pour personnes handicapées adultes appelé Le Toit, situé non loin du collège saint-Michel. La rencontre de Jean Vanier qui venait de fonder l’Arche et l’association Foi et Lumière va permettre l’intégration du Toit dès la fondation de l’Arche-Belgique et, dès 1973, l’ouverture de nouveaux foyers à Bruxelles : Bethléem, La Branche, La Ruche et Cana. Aujourd’hui, l’Arche en Belgique compte sept communautés : Bruxelles, Bierges, Anvers, Namur, Aywaille, Bruges-Moerkerke et Gand. Des années durant, le Père Roberti se rendit disponible pour assumer aussi des services que la Compagnie lui demanda : accompagnement des jeunes jésuites, des prêtres du Grand-Duché ou encore des confrères âgés.

Ce qui caractérise la personnalité spirituelle du Père André, c’est sans conteste l’attention à chacun, l’accueil chaleureux, le souci de favoriser, par la relation, la vie et le bonheur de chaque personne et de chaque groupe. Cette attitude de bienveillance constante était chez lui un don naturel affiné par l’éducation familiale et par une foi profonde purifiée à l’école des petits. Sa découverte tant de fois partagée avec émerveillement était que, si nous apportons quelque chose aux personnes faibles, elles-mêmes nous donnent bien plus en nous ouvrant aux valeurs du cœur et en suscitant en nous ce qu’il y a de meilleur : notre capacité d’aimer avec tendresse et confiance et notre capacité de nous engager envers des personnes avec fidélité. André Roberti était un promoteur de l’intelligence du cœur. Combien de personnes et de familles ont pu compter sur sa présence et son aide dans des moments de doute, de joie ou de deuil ! Dieu seul le sait. Combien d’êtres se sont sentis aimés de Dieu et réconfortés par le simple fait de sa présence sacerdotale souriante ! « Ne manquons pas l’occasion de dire bonjour, écrivait-il dans Alleluia-Arche. Il y a un sourire qui attend ce mot-là pour s’épanouir et se révéler aux autres. Quand le sourire nous paraît difficile, croyons qu’il est possible car il n’est pas l’œuvre des hommes. Il est l’écho du premier regard de Dieu sur nous, de ce Dieu qui a mal avec nous. Il nous partage son sourire qui est espérance. Et, malgré nos larmes, notre sourire éclatera comme une victoire de la vie sur la mort. » Aujourd’hui, cher André, nous te retournons ta propre formule familière : « Merci d’avoir été là, merci d’être toujours là ! ».