Les rhétoriciens latinistes d’Europe une fois de plus rassemblés autour de l’Arpinate !

Horizons : En février 2018, le Collège participait aux « Rencontres latines – Concours de version latine Marius Lavency », organisé cette année à l’Université Saint-Louis de Bruxelles (www.rencontreslatines.be/Edition-2018.htm). Une nouvelle fois, nos rhétoriciens y brillèrent en réussissant à placer quatre d’entre eux dans les 15 premiers sur plus de 560 participants. Eléonore Fonteyn (4è) se qualifia ainsi pour la finale européenne à Arpino, patrie natale de Cicéron. Elle nous relate ici son expérience enthousiasmante. Bravo à elle et aux autres lauréats bien sûr !
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La pratique des langues anciennes, souvent discutée mais jamais égalée, se voit de plus en plus remise en question, et en particulier avec les temps qui courent, ce qui n’est pas sans alarmer les professeurs et philologues, pour qui cette discipline est des plus capitales, tant pour son apprentissage de la rigueur et de la précision que pour la transmission de l’Histoire et de valeurs intemporelles. La pensée populaire pourrait laisser croire que les jeunes ne s’intéressent plus à ce genre d’études, qu’ils préfèrent les phrases simples aux tournures alambiquées, les mots les plus usités aux termes exacts, en somme la facilité à la complexité.
Si tel était le cas, comment expliquer que cette année encore  et pour la trente-huitième année, de très nombreux élèves de rhétorique latinistes de l’Europe entière se sont rassemblés dans la petite ville (ou le grand village, tout est une question de point de vue) d’Arpino, afin de passer une épreuve de version?
Comment expliquer que tous ces jeunes sont arrivés, armés de leur plus gros dictionnaire, prêts à partir à la conquête d’un des nombreux textes de l’Arpinate le plus connu d’entre tous, à l’affut de la moindre nuance ?
Pour ceux qui ont étudié (ou étudient encore) le Latin, l’Arpinate en question n’est plus un inconnu pour vous, par contre pour les autres, remettons la situation dans son contexte…

S’il y a bien une chose dont chacun se souvient de sa dernière année d’Humanités, c’est de son cours de Rhétorique ; s’il y a bien une personnalité qui incarne à elle seule toute l’articulation de cet art complexe, c’est bien ce cher et bien connu Marcus Tullius Cicero, né en -106 et mort assassiné en -43. Son village d’origine est Arpino (d’où son fameux surnom « l’Arpinate »), un joli petit village niché entre deux vallées, à une centaine de kilomètres de Rome. Outre ses indubitables talents d’orateur et d’écrivain, ce dernier fut également, à ses heures perdues, un grand avocat, un excellent maitre d’éloquence ainsi qu’un fin philosophe. Un tel homme ne pouvait que susciter l’intérêt des générations futures, intérêt qui en effet perdure encore aujourd’hui comme le démontre ce grand rassemblement auquel nous avons eu la chance de pouvoir participer, nous les rares élèves qui avons été invités à participer au Certamen Ciceronianum, un concours européen de version latine en l’honneur de Cicéron.

Ce mercredi 9 mai 2018, s’est retrouvée pour la première fois au complet la délégation belge composée de quelque 17 élèves de rhétorique de tous horizons, francophones et néerlandophones, ainsi que de ses 4 professeurs accompagnateurs.
Nous avons donc pris notre avion en direction de la belle ville de Rome, qu’une fois arrivés, nous avons tout de suite commencé à visiter. Places, fontaines, églises, musées, soleil…pizzas, glaces, cappuccinos… De quoi créer de beaux souvenirs pour certains et en raviver de magnifiques pour d’autres !

La journée de jeudi fut également dédiée à la découverte de cette jolie ville aux douces couleurs et aux innombrables secrets. En fin de journée, nous avons rejoint la petite ville d’Arpino, où nous avons été reçus comme des rois avec toutes les autres délégations. Nous étions 164 à être rassemblés autour de notre passion des langues anciennes !

Vendredi, direction le concours ! Nous avons entrepris de traduire un extrait philosophique de Cicéron, issu des Académiques, texte qui mettait en exergue ce principe cher à Socrate, affirmant que « Tout ce qu’il sait, c’est qu’il ne sait rien, tandis que les autres pensent savoir ce qu’ils ignorent » parce qu’en effet, c’est en prenant conscience de notre ignorance que nous commençons un réel processus d’apprentissage. Ce message s’adresse bien évidemment à n’importe qui, à n’importe quel âge, et ne peut qu’aider celui qui y réfléchit un peu à avancer dans sa connaissance du monde, de l’autre et de lui-même.

            Une fois nos traductions rédigées, nous avons visité l’acropole d’Arpino en compagnie des autres délégations, ce qui nous a permis de discuter avec ces autres latinistes européens, discussions intéressantes et agréables qui nous ont permis d’élargir une fois de plus nos horizons. Comme quoi, le latin a cette fabuleuse capacité de rassembler les esprits autour d’une passion commune, de transmettre des valeurs qui sont encore loin de disparaître.

Samedi, vous avons  davantage visité la région, en nous rendant notamment à l’Abbaye de Monte Cassino (le mont Cassin), là même où furent menées les 4 terribles batailles du mont Cassin de janvier à mai 1944. Dans ce lieu saint, comme le veut la tradition, l’Abbé nous fit un discours en latin, que nous avons, bien évidemment, traduit à l’oreille en moins de temps qu’il n’en faut pour l’entendre (nous avions un petit fascicule avec le texte, ndlr).

Le dimanche, nous nous rendîmes tous sur la place d’Arpino pour assister à la proclamation des résultats. Comme la tradition le permet, les lauréats ont pu déambuler sur le vestige de voie romaine qui subsiste encore au milieu de la place. Cette année, bien que le vainqueur soit, comme à l’accoutumée, de nationalité italienne, la Belgique a remporté la cinquième place au classement général. Thomas Smoes du Collège Saint-Hubert de Bruxelles a en effet empoché ce prix d’exception, pour la joie et la fierté générale de toute la délégation belge !

            Je souhaite tout de même dire quelques mots à propos de notre groupe car, nous avons vraiment eu une chance énorme. Venant de quatre concours et d’horizons différents, nous n’avons pas seulement été camarades le temps d’une semaine ; une réelle amitié s’est tissée autour de notre groupe. La solidarité, la bienveillance et l’entraide nous soudèrent les uns aux autres et une réelle cohésion de groupe s’est créée en un temps record. L’expérience du Certamen Ciceronianum nous aura donc tous marqués non seulement intellectuellement, mais aussi humainement, ce qui n’a pas de prix.

Dimanche, nous avons quitté nos amis européens pour retrouver la Caput Mundi et continuer nos visites. Forts à présent de notre amitié, les découvertes et l’ambiance générale en furent d’autant plus agréables. Lundi, nous avons eu l’occasion de visiter l’ambassade belge, où nous avons eu d’intéressantes discussions avec l’Ambassadeur et son épouse. Outre cela, la vue imprenable sur l’entièreté du forum et du paysage romain ne nous laissa pas indifférents et nous ne pûmes nous empêcher  d’admirer le paysage durant un long moment, en bons latinistes passionnés que nous étions tous. La grève de Brussels Airlines nous a (ô grand malheur) empêchés de repartir le lundi comme cela était prévu, nous avons donc pu rester plus longtemps à l’ambassade et, au lieu de prendre notre avion, nous nous sommes rendus au musée du Capitole, où nous avons pu voir, notamment, la très célèbre statue de la Louve capitoline. Mardi matin, nous nous sommes finalement dirigés vers l’aéroport afin de rentrer dans le plat pays qui est le nôtre, enrichis de cette expérience unique et alourdis par les kilos de pâtes et de pizzas ingurgités, mais néanmoins avec des étoiles plein les yeux tant l’aventure fut belle.

             Si ce voyage fut à mes yeux une aubaine unique, je reste cependant convaincue qu’il n’aurait pas été aussi instructif sans la présence de nos quatre professeurs accompagnateurs qui n’ont cessé de nous présenter les subtilités des merveilles romaines. De plus, il n’aurait été aussi pittoresque sans l’organisation italienne d’Arpino qui nous a choyés durant les quelques jours passés là-bas. Durant tout le temps du concours, un réel folklore s’installe dans cette région qui replonge dans son passé antique pour nous faire ressentir la fierté d’appartenir à cette culture européenne fédératrice. C’est tout à fait touchant de se sentir ainsi accueillis à bras ouvert dans cette région aux mille paysages reposants. Par ailleurs, ce voyage n’aurait pas été si riche en partages et en rigolades sans notre chère délégation belge qui restera, j’en suis certaine, un de nos meilleurs souvenirs.

Je terminerai ce petit article en remerciant tous mes professeurs de latin qui m’ont, chacun à leur manière, apporté cette passion de la subtilité latine, ce besoin de précision et ce zèle de l’apprentissage. Comme l’a dit Cicéron, « Il y a un art de savoir et un art d’enseigner. » Ainsi, ces professeurs, dont l’art d’enseigner ne fait aucun doute, m’ont appris d’innombrables choses qui m’aideront, j’en suis convaincue, à appréhender au mieux la vie qui s’offre à moi.