Les 30 ans du Lambrette

Le mot éloquence exhale un parfum de naphtaline. On lui préfère celui de communication, surtout sous sa forme raccourcie « com ». La « com » est partout : dans les médias, dans les entreprises, dans la politique. Elle fait même l’objet d’études officiellement reconnues par un diplôme.

Pourtant, on ne conçoit pas un concours de communication. La communication s’apparenterait-elle à un art de la dissimulation ?

L’éloquence, elle, donne à penser et se donne à entendre, raisons pour lesquelles elle peut faire l’objet d’un tournoi. Ce concours, véritable institution au collège Saint-Michel, s’intitule depuis maintenant 30 ans Prix Lambrette en hommage à la mémoire du Révérend Père Lambrette, ancien préfet des études et auteur d’un manuel consacré à l’éloquence. Il est soutenu par Me Guy Lambrette, son neveu.
Organisé par Monsieur Luc Legrand jusqu’il y a six ans et par nous depuis lors, il se perpétue aujourd’hui sous la forme de confrontations autour de problématiques d’actualité.
Les candidat(e)s sélectionnent deux sujets parmi les quatre questions antagonistes qui leur sont soumises. Après avoir fait connaître leurs réponses, ils préparent leurs argumentations pendant une semaine. Le jour de la finale, ils reçoivent le sujet qu’ils vont devoir traiter et ont alors trois heures pour en préparer la défense orale. Une double prestation est demandée aux candidat(e)s : discourir pendant 5 minutes pour soutenir leur thèse, débattre ensuite pendant 10 minutes avec leur contradicteur. Les trois sujets qui ont été l’objet de ces joutes cette année sont les suivants :

Sujet n°1 : La catastrophe de Fukushima relance-t-elle le débat sur le nucléaire ?

Sujet n°2 : Le blocage communautaire belge : la faute aux politiques ou aux citoyens ?

Sujet n°3 : Wikileaks : transparence démocratique ou dangereuse ?

Chaque sujet est d’abord introduit auprès du public soit par Monsieur Jambers, professeur de philosophie au Collège et à l’ISPJ, soit par moi-même.

L’évaluation des performances se fait par un jury extérieur au corps professoral des élèves candidats, traditionnellement présidé par Monsieur de Monge, Directeur du Collège, qui prend en compte les critères de la communication, de la formulation et de l’argumentation. Il était composé cette année de Mesdames Geneviève Damas, comédienne et metteur en scène, Chantal Monet, journaliste à RTL, et de Messieurs Jean-Pierre Buyle, bâtonnier de l’Ordre français des avocats, Jacques Gevers, ancien directeur de la rédaction du Vif-L’Express, Guy Lambrette, avocat, Luc Legrand, ancien professeur de français au Collège, Edouard Marcus Helmons, étudiant en médecine et lauréat du tournoi en 2010.

C’est ainsi donc que le 05 mai dernier, les 10 finalistes sélectionnés parmi les 24 inscrits à la demi-finale, se sont affrontés thèses contre thèses sur le plateau du théâtre Saint-Michel, devant 250 personnes.

Exercice difficile qui demande à la fois de plaider et de contre-argumenter.

A ce jeu, cette année, Nicolas Pizzuto, élève de 6T6, s’est montré le plus fort s’exprimant avec élégance, conviction et une pointe d’humour sur la nécessité de remettre en question l’énergie nucléaire. Il succède à Edouard Marcus Helmons, lauréat de l’édition 2010.

Le palmarès de l’édition 2011 est le suivant :

1er prix Lambrette, & prix du public : Nicolas Pizzuto
2e prix Lambrette & prix du public : Antoine Delfosse
3e prix du Directeur du Collège : Romain Lambert
4e prix du Théâtre Saint-Michel : Emeline Porcheron
5e prix du Rideau de Bruxelles : Arnaud Van Gansbeek
6e prix du Théâtre de la Place des Martyrs : Caroline Grégoire
6e prix ex-aequo de la société Jeunes et Médias : Boris Ndamiyubuhatsi
8e prix de la société Jeunes et Médias : Kenny Okele Otti
Prix de la langue française : Victor d’Anethan

Si la spontanéité de l’expression dans le débat contrevient souvent à l’académisme du discours, si la nervosité des candidat(e)s affleure dans leur expression orale, si la connaissance du sujet s’avère parfois approximative, on est cependant souvent confondu par l’aisance oratoire et l’habileté argumentative des élèves, éternels mérites de l’enseignement jésuite ?