Le Train des 1000

Mélina Lentz, rhétoricienne de 6t4 nous raconte le périple du Train des 1000 qui l’a emmenée en pèlerinage à Auschwitz avec ses camarades.

L’année 2014-2015 fut une année particulièrement chargée en émotions pour certains élèves de Saint-Michel.

En effet, à la rentrée, en septembre 2014, les titulaires de 5e et de 6e ont exposé à leur classe un projet qui emmènerait des élèves choisis à Auschwitz. Le nom de ce projet : le Train des 1000.

Comme son nom l’indique, il s’agissait d’envoyer 1000 élèves de plusieurs pays d’Europe en pèlerinage dans les camps de la mort. Nous avons été nombreux à être fortement intéressés par ce projet. Il fallut donc être départagés par des lettres de motivation, des vidéos de présentation, des questionnaires à compléter à propos de nos connaissances sur le sujet.

Quelques semaines plus tard, Messieurs Burion et Béchaimont ainsi que notre préfet, Monsieur Xhardez, ont procédé à la sélection des 17 élèves du Collège. Malgré notre joie d’avoir été choisis pour une telle expérience, partir à Auschwitz ne se s’improvise pas. Il nous a fallu plus de 6 mois de préparation, qu’elle soit intellectuelle ou psychologique. Pour cela, nous avons visité le camp de Breendonk, nous avons reçu une information précise quant à la mise en place de la solution finale et nous avons monté une exposition parlant des enfants cachés durant la seconde Guerre mondiale, mais aussi d’Auschwitz ainsi que d’autres camps de concentration et d’extermination.

Notre plus grande chance fut de rencontrer et de côtoyer Monsieur Alberto Israël, rescapé du camp d’Auschwitz qui vient chaque année dans notre établissement pour nous faire un témoignage d’une émotion intense, comme vous pouvez l’imaginer.

Celui-ci nous a également fait l’honneur de nous accompagner dans ce projet et de remettre les pieds sur cette terre maudite à ses yeux.

Le 5 mai 2015, nous voilà partis pour la gare du Midi, lieu de rendez-vous avec 1000 autres élèves et professeurs d’écoles belges de tous réseaux confondus ou d’autre pays.

Nous nous sommes alors installés dans ce train long de plus de 500 mètres, 6 par cabine. Nous étions confinés certes mais nous n’osions pas nous plaindre, pensant à ce qui s’était passé 70 ans plus tôt. En effet, à l’époque, dès qu’un millier de Juifs était rassemblé, à Malines par exemple en ce qui concerne la Belgique, un train les embarquait pour Auschwitz. A la base, un trajet de 26 heures de train nous attendait. En réalité il dura un peu plus de 30 heures. Cette période fut mise à profit afin de faire connaissance avec les jeunes d’autres milieux et d’autres nationalités.

Arrivés à l’hôtel à Cracovie, exténués, nous n’imaginions pas réellement ce que nous allions voir le lendemain.

Nous avions beau avoir été bien préparés, l’émotion, le choc et la douleur ont été de la partie lorsque nous sommes arrivés au camp d’Auschwitz le 7 mai 2015. Auschwitz, sa chambre à gaz, ses crématoires, ses lieux de torture, sa déshumanisation et, pour nous, l’incompréhension face à toute cette horreur !

Le jour suivant, ce fut Auschwitz Birkenau, Je pense que c’est le lieu qui nous a le plus marqués. En effet, aujourd’hui, nous sommes encore nombreux à avoir cette image d’Alberto Israël s’arrêtant à l’endroit d’arrivée des convois et nous expliquant : « Ici, c’est la dernière fois que j’ai vu mon père » laissant couler une larme sur sa joue. Il nous a également montré tous les endroits qui ont marqué son séjour dans ce camp d’extermination, depuis son arrivée début août 44 après 13 jours et 13 nuits passés dans un wagon à bestiaux, jusqu’à la marche de la mort.

Ensuite, nous avons assisté aux commémorations officielles du 70e anniversaire de la fin de la seconde Guerre mondiale en présence de M. Schulz, président du Parlement européen. Vous pouvez retrouver toutes les étapes de ces cérémonies sur les photos reprises en annexe de cet article.

Les organisateurs ont également veillé à nous proposer des moments culturels en rapport avec le thème des camps et de la culture juive. Voilà pourquoi, les deux fins de journées furent occupées par un concert de musique du monde avec le groupe Kroke ainsi que par un opéra interprété par des enfants : Brundibar. Celui-ci était la réplique de celui qui fut interprété à Terezin en 44, un camp de transit dans lequel se trouvaient de nombreux orphelins juifs. Le premier fut joyeux et enjoué, le second, dans lequel chantaient deux élèves du collège, fut d’une émotion profonde.

Depuis le 10 mai 2015, nous voilà de retour. Mais peut-on réellement revenir des plaines d’Auschwitz sans y laisser quelques fragments de soi ? Peut-on en revenir intact ? Si je devais parler de mon expérience personnelle, je dirais que j’ai mis des semaines et des mois à m’en remettre mais qu’au final on ne se remet pas totalement d’une telle expérience.

Quand les gens me demandent de parler de ce voyage, comme s’il était question d’un séjour récréatif, les mots ont encore du mal à sortir. Et de nombreuses questions surgissent comme par exemple : se peut-il que l’humain soit si cruel ? Que vaut réellement la vie d’un homme ? Comment peut-on en arriver là ?

Et que répondre à ceux qui posent des questions ? Je peux juste leur conseiller d’y aller parce qu’il faut le voir pour le croire.