Le Père Josse van der Rest

Hommage au Père Josse van der Rest, sj : « Un homme pour les autres »

Cet article est signé du Père André Moreau sj. et paru dans le Journal Dimanche n°34 du 27 septembre 2020 : www.dimanche.be

Merci à l’auteur et à Dimanche pour leur aimable autorisation à publier cet article dans ce numéro d’Horizons.

Cet été, le P. Josse van der Rest sj, Belge de naissance, est décédé à 96 ans au Chili, où il vivait depuis plus de 60 ans. On peut dire sans exagérer qu’il y était aussi connu que l’Abbé Pierre ou Sœur Emmanuelle et pour la même raison : avoir donné sa vie pour les plus pauvres.

Une enfance et une jeunesse peu communes

Josse est né en 1924 au sein de la famille van der Rest – Emsens. Son grand-père maternel est à l’origine d’une des plus grosses entreprises belges multinationales de matériaux de construction. Aîné de quatre enfants, les vingt premières années de sa vie furent déjà peu communes : formation par des précepteurs pendant le temps de l’école primaire, plusieurs renvois d’établissements secondaires(1) pour cause d’indiscipline, chef scout du futur Roi Baudouin, engagement dans la résistance pendant la guerre, conducteur de tank après le débarquement de 1944, jusqu’en Bavière.

À l’en croire, pendant toutes ces années de jeunesse, Josse était aussi plutôt rebelle dans le domaine religieux : « Je n’allais pas à la messe et j’étais assez incroyant », dit-il dans un récit autobiographique. Cela ne l’empêchait pas de se rendre toutes les Semaines Saintes à l’abbaye de Maredsous et d’y passer des nuits entières en adoration devant le tabernacle.

Sa vocation, il la raconte lui-même : arrivant aux commandes de son tank en Bavière, il voit une statue du Christ bombardée et sans bras, sous laquelle un soldat américain avait écrit : « I have no other arms than yours (je n’ai pas d’autres bras que les tiens) ». Il décide alors d’entrer au noviciat des jésuites avec la ferme intention de mettre ses bras au service des autres. Il sera providentiellement aidé dans son désir par le Père Jean-Baptiste Janssens, Supérieur Général de la Compagnie de Jésus, qui l’envoie au Chili en 1958 pour collaborer à l’œuvre Hogar de Cristo fondée par le Père Alberto Hurtado (qui sera canonisé en 2005).

60 ans au service des pauvres

Les champs d’action du jésuite pendant ses 60 ans au Chili sont multiples : scoutisme dans les collèges, création de paroisses, aumônier et fondateur de maisons d’accueil pour des gens démunis, parfois délinquants ou alcooliques, service de pompes funèbres, etc.

Mais c’est sans conteste sa « fondation logement » qui sera sa grande œuvre. Témoin de l’indigence urbaine, Josse van der Rest était convaincu qu’une famille ne pouvait pas vivre dignement, ni se construire, si elle ne possédait pas de maison, si petite fût-elle. C’est ainsi qu’il a commencé à fournir des maisons préfabriquées de quelques mètres carrés à des sans-abri de Santiago. L’opération se passait la nuit : un camion apportait les matériaux sur un terrain non occupé appartenant à l’État, à l’Église ou à une personne privée. Si la maison était installée au lever du jour, la famille pouvait y rester. C’était pour le jésuite, entrepreneur dans l’âme, une manière de lutter contre la spéculation immobilière.

Petit à petit, le projet de donner une maison à ceux qui n’en ont pas s’est élargi non seulement à l‘Amérique du Sud, mais également à l’Afrique et à l’Asie. On compte aujourd’hui plus de 1,5 million de maisons construites dans le monde. En fonction des lieux, ces maisons sont construites en bois, en bambou ou en ciment, mais toujours pour un coût très bas (environ 1000 dollars). Dans les années plus récentes, la Fondation a construit pas mal de toilettes. Enfin, dans le souci de responsabiliser les bénéficiaires, un système de microcrédit est proposé aux mères de famille : il leur est demandé un dollar par mois pour « acheter » la maison.

Cette action n’aurait pas été possible sans l’aide d’une Fondation, dans laquelle la famille du Père van der Rest est toujours très active, notamment financièrement, mais aussi celle d’un grand nombre de personnes, surtout des bénévoles, travaillant dans les multiples activités créées pour mettre en œuvre les projets. À partir de 2011, les rênes du projet ont été confiées à des laïcs et d’abord à Joan Mac Donald, ancienne ministre de l’habitat du Chili.

En donnant tout, il a reçu au centuple

En raison des règles sanitaires imposées par le Covid, les funérailles du P. van der Rest, célébrées au Chili, se sont déroulées dans la plus grande sobriété. Peut-être peut-on voir dans ce départ dans la discrétion son dernier acte de solidarité avec les plus démunis, privés parfois même de funérailles.

Lors d’une messe célébrée en son hommage à Bruxelles, en septembre, la famille avait choisi l’évangile du jeune homme riche qui nous dit que Jésus le regarda et se mit à l’aimer, et puis lui déclara : « Va, vends tous tes biens, donne-les aux pauvres puis viens et suis-moi ». Donnant tout et se donnant tout entier, Padre Josse avait mis sa liberté de parole et d’action au service des autres, et surtout des plus pauvres. Ses bras étaient devenus ceux du Christ.

———-

  • NDLR- HORIZONS : Josse van der Rest a aussi été exclu du Collège St-Michel mais il y est revevu pour sa Scientifique spéciale.