Le collège Matteo Ricci, un projet sur la frontière

Horizons : Alain Deneef (ads 1978), Président du Pouvoir organisateur du collège Matteo Ricci, retrace pour nous la genèse de la nouvelle école et nous présente son projet pédagogique. L’AESM souhaite plein succès à ce nouvel établissement jésuite au cœur de Bruxelles.

Le collège Matteo Ricci, un projet sur la frontière

Le collège Matteo Ricci a ouvert ses portes le 2 septembre 2019 à Anderlecht à deux pas de la gare du Midi. Il est inauguré le 25 octobre. Un projet mûri pendant sept ans a pris consistance cette dernière année au terme d’une véritable course contre la montre. L’opportunité de racheter les bâtiments de l’athénée juif Maïmonide s’est présentée à la fin juin 2018. Notre offre d’achat fut acceptée par les vendeurs le 31 juillet 2018, clin d’œil de la Providence… Le pouvoir organisateur redoubla dès lors d’ardeur pour monter les dossiers de financement et de subventionnement, se mettre en quête d’une direction, monter le début d’une campagne de communication, déterminer les travaux de rénovation à mener, sachant que le bâtiment ne nous fut accessible qu’après le 12 mars de cette année, date de la signature de l’acte d’achat.

Financement

Le financement de cette grosse opération est rendue possible par des financements publics, notamment les enveloppes spéciales de la Communauté française de Belgique attribuées aux écoles qui créent des places nouvelles, et par des financements privés. Parmi ces derniers, il y a d’abord l’investissement exceptionnel de la Compagnie de Jésus, qui n’ouvre plus que rarement de nouveaux collèges dans les pays développés, et a voulu doter le collège d’une solide assise financière en prenant à sa charge une bonne partie de l’achat des bâtiments. Le financement privé se déploie aussi dans un effort de levée de fonds, sans doute sans précédent pour une école secondaire en Belgique, auprès des amis et anciens élèves de la Compagnie, qui rencontre de premiers succès.

C’est que le nouveau collège — le premier à Bruxelles, depuis la création par les jésuites flamands du Ruusbroeckollege en 1968, et le premier en Belgique francophone depuis le collège Saint-Paul à Godinne en 1928 — revêt pour beaucoup une dimension prophétique. Vouloir remédier à la double crise de l’enseignement, d’une part, et de l’urbanité, d’autre part, en installant volontairement la nouvelle école dans un quartier difficile de Bruxelles est un défi, mais recherché par ses promoteurs et endossé par la Compagnie de Jésus qui faisait de cette ouverture à la diversité la condition même de son soutien.

Diversité

Et diversité, il y a. En témoigne sa composition sociologique, faite de milieux populaires et de classes moyennes, ou culturelle, avec 60% d’élèves d’origine musulmane et 25% d’élèves dont les parents sont originaires de pays chrétiens de l’est européen, de l’Amérique latine et de l’Afrique subsaharienne.

Pour donner à ses élèves les meilleurs chances de pratiquer le magis ignacien, le nouvel établissement multiplie les reformulations pédagogiques et combine innovations et recettes éprouvées, en tirant avantage de la ‘page blanche’ qui offre les opportunités de toute création nouvelle, mais fait devoir de réussir. L’immersion linguistique en néerlandais est offerte, l’attention aux intelligences multiples est présente, la classe peut se donner selon des formats variables de 2, 4, 12, 24 ou 48 élèves (classes dédoublées). Un centre de savoirs est en préparation. Le concept du P90 est appliqué qui voit deux heures de 45’ (au lieu de 50’) d’un même cours se suivre, permettant de gagner 10’, réutilisées dans des temps journaliers de lecture et d’intériorité pour des élèves ballottés par la trépidation de notre société et la pulsation des réseaux sociaux.

Le collège Matteo Ricci, ancré dans une forte tradition qui affermit la marche, peut se permettre d’aller aux frontières. Les noms donnés à certains locaux parlent d’eux-mêmes. La salle de sport s’appelle Pierre de Coubertin, ancien élève des jésuites de Paris, le laboratoire de chimie porte le nom de Geber, chimiste et médecin d’origine persane, et la salle de réception qui occupe l’espace de l’ancienne synagogue est baptisée Maïmonide et perpétue ainsi le souvenir de l’athénée juif. Le local de musique est dédié à Freddie Mercury qui fit un passage dans un collège jésuite en Inde. Quant au local d’intériorité, il s’appelle Mar Moussa et évoque le dialogue islamo-chrétien, tout en rappelant le souvenir du jésuite Paolo Dall’Oglio.

Alain Deneef

Président du Pouvoir organisateur