« LA VIE DE CHÂTEAU » … vue d’en haut …

Accoudés sur un nuage, Nicolas Esterhazy et Jozef Haydn contemplent le site du château Esterhaza baigné dans la lumière automnale. Ils admirent et se taisent. Tant de souvenirs les envahissent.

Soudain, la scène s’anime. Ils voient Antoine et Svetlana se précipiter à la rencontre de visiteurs avec un enthousiasme joyeux.

Qui sont-ils ? Mystère. Nicolas et Jozef décident de consulter l’internet céleste. Un nom apparaît à l’écran : R.P. Paul Goreux. Celui-ci convoqué, il regarde et s’exclame : « Ah, là, là, ce sont mes gaillards de la Rhéto 55 et c’est la 5ème fois qu’ils recommencent leur voyage scolaire ! Quels braves jeunes vieux ! ». Intrigués, tous trois décident d’observer la suite des événements. Ils ne savent pas encore qu’ils en auront pour 5 jours, curieuse intrusion du temps dans leur statut intemporel.

Les visiteurs à peine installés, les voilà réconfortés par une puissante goulasch concoctée par Antoine himself, beau comme… un prince avec sa toque de Masterchef.

Le lendemain, des petites japonaises (des voitures sans doute ?) les emmènent à Soprom, petite ville sympathique où ils visitent le musée des mines et celui de la forêt.

Pm, les voilà de retour à Esterhaza où Antoine les initie aux trésors et secrets de la demeure ancestrale. Génial Antal ! Il remonte le temps avec ses aïeux, aussi fort dans les références historiques que dans les confidences esthétiques.

Puis, première soirée musicale. Jozef est tout retourné de les voir, mélomanes attentifs, dans la salle même où il déployait son talent il y a deux siècles. Petite moue, il en voit deux qui roupillent… allez, soit, ils n’ont plus 18 ans…

Vendredi 13. Les japonaises filent vers l’Autriche. « Nicolas, regarde, les voilà au château d’Eisenstadt » ! Nicolas très fier de son Antoine, véritable encyclopédie sur pattes, qui donne à ses amis une nouvelle leçon d’art et d’histoire. Que de découvertes ! Poêles en faïence, lits à baldaquin, meubles racés, vaisselles raffinées, plafonds magiques, augustes portraits, et, et, et…

Pm, le R.P. Goreux s’inquiète : « Ces japonaises ont le feu aux fesses ! » Voilà qu’elles attaquent les routes sinueuses qui mènent à la forteresse de Forchenstein, rempart naturel et historique contre les invasions. Canons, mousquets, armures, sabres, fusils, reposent pacifiquement sous l’œil attentif d’une pléiade de généraux rutilants et de colonels moustachus.

Deuxième soirée en musique. Jozef est content : l’interprétation lui paraît plus convaincante que la veille, même quand elle est d’un autre style . Il constate que Marc et Guy sont de son avis…

Samedi 14. Cette fois, le R.P. Goreux s’attendrit. Bienfaisante tradition de leurs voyages, il voit Ignace célébrer l’Eucharistie pour et surtout avec ses amis, car il insiste sur la simplicité et le partage qui sont partie intégrante du « Repas du Seigneur ». Chacun s’exprime librement et l’accent est souvent mis sur la dimension fraternelle de leur mini-communauté.

Ignace n’est pas un ritualiste : il ne porte pas d’étole et l’hostie sera un petit pain bientôt partagé. Le R.P. Goreux fronce les sourcils…mais son émotion le reprend quand il voit
Paul saisir son gsm pour appeler Baudouin et entend le Cantique des Patrouilles s’élever dans un bel élan d’amitié solidaire.

L’heure du départ a hélas sonné. Les voyageurs font leurs adieux à Antoine et Svetlana, des adieux bourrés de merci et d’affection.

Sur la route du retour, petit stop dégustatoire chez un grossiste vinicole de la région. Les 4 chauffeurs, conscients de leur responsabilité, résistent à la tentation du « p’tit dernier » … Chapeau !

Les voilà bientôt dans les faubourgs de Bratislava. Pas évident de trouver leur hôtel et une voiture manque à l’appel. Elle a heureusement à son bord Johnny, super poisson-pilote depuis toujours, qui a tôt fait de retrouver le bon chemin.

Quant aux autres, les voilà menés à bon port par Jacques qui a gaillardement «  enlevé » une beauté locale très obligeante. Malgré la courtoisie de Jacques, elle s’est sauvée quand elle a su qu’ils étaient 15… Le R.P. Goreux respire…

Dimanche 15. « La vie de château »  (dixit Louis) touche à sa fin.

Ils la terminent en beauté, d’abord par une petite croisière sur le Danube qui leur dévoile de belles perspectives tout au long de ses berges, et ensuite, affamés par le grand air, par un déjeuner final qui fut une explosion de gaieté et de bonne humeur. Oui, ils sont en 1955 et ils ont 18 ans…

Le 737 décolle. Nicolas, Jozef et le R.P. Goreux tentent d’agiter la main pour un dernier «  au revoir » depuis leur nuage, mais la nuit est déjà tombée…

Tous trois s’en retournent enchantés dans leur demeure céleste. Nicolas heureux d’avoir apprécié la formidable cordialité de son descendant et de son épouse, Jozef d’avoir entendu « sa musique » toujours mise à l’honneur et le R.P. Goreux d’avoir si bien réussi l’éducation de ses gamins.