La Chaperonne Eméchée : une comédie musicale par des Anciens !

La Chaperonne Éméchée : une comédie musicale par des Anciens !

En mars 2018, trois Anciens ont produit une comédie musicale endiablée au Théâtre Saint-Michel avec une troupe de plus de 16 chanteurs et 15 musiciens dans la fosse d’orchestre spécialement ouverte pour l’occasion. Le succès a été au rendez-vous : plus de 2.000 personnes enthousiastes ont assisté aux deux représentations !

Et pour le plaisir, trois nouvelles dates sont programmées les 4, 5 et 6 octobre prochain (2018) toujours au Théâtre Saint-Michel. Ne manquez pas ce show exceptionnel et réservez dès maintenant les meilleures places via le site du Théâtre (www.theatresaintmichel.be – ou par téléphone au 02 737 04 40) ou sur www.lachaperonneemechee.be. En assistant à ce spectacle, non seulement nous vous garantissons une soirée exaltante mais vous soutenez également les Anciens dans leur projet démentiel ! Ce spectacle a également reçu un soutien de l’AESM.

Histoire de la création

Monter une comédie musicale est un travail de longue haleine. Trois ans, pour être précis.

Tout commence au printemps 2015 par le vieux rêve de trois amis, Antoine Delhaye, Guillaume Possoz et Thibaut Radomme, qui font du théâtre ensemble depuis plusieurs années. Après avoir exploré les moindres recoins de la création théâtrale d’amateurs (du jeu à la mise en scène, de la scénographie à la création des lumières, de l’adaptation théâtrale d’œuvres cinématographiques à l’enregistrement en studio de voix off pour la scène), tous trois caressent un rêve un peu fou : et si l’étape suivante, l’expérience non pas ultime mais ultérieure, c’était la production d’une comédie musicale ? Chant, jeu d’acteur et danse : un art complet et complexe, exigeant, exaltant… Va pour une comédie musicale !

Mais quelle comédie musicale ? Levons immédiatement un malentendu : on parle ici de musical, une comédie musicale à l’américaine, sorte d’hybride entre l’opéra et le théâtre musical, variante moderne de l’opérette, un genre essentiellement joué à Broadway et dans le mythique West End londonien, dans lequel se sont illustrés des noms aussi fameux que ceux de Leonard Bernstein (West Side Story) ou Andrew Lloyd Webber (Evita, The Phantom of the Opera). Rien à voir donc avec les adaptations pop un peu tièdes dont les Français se sont fait une spécialité à partir de la fin des années 90 avec le succès de Notre-Dame de Paris.

L’aventure commence ainsi par une question : quel spectacle monter ? Débute alors une longue recherche frénétique, où les trois compères se mettent à écouter des dizaines d’oeuvres souvent parfaitement inconnues de ce côté-ci de l’Atlantique. À l’issue de cette fouille gourmande, le choix se porte comme une évidence sur un petit bijou d’humour et d’intelligence, The Drowsy Chaperone, un des grands succès de l’année 2006 à Broaway, tout à fait ignoré dans le monde francophone, et pour cause : cette pièce est inédite en langue française.

Qu’à cela ne tienne ! Les trois comparses – que rien, dans ce projet titanesque, ne semble devoir effrayer – se lancent à corps perdu dans le défi de leur vie : traduire de l’anglais une pièce d’une heure quarante, jouée et chantée, qui comprend non seulement des tombereaux de jeux de mots (par essence difficilement transposables d’une langue à l’autre), mais bien entendu aussi une dizaine de chansons, c’est-à-dire autant de poèmes rythmés et rimés, dont il s’agit de rendre la forme aussi bien que le fond dans la langue cible, le français.

Outre le problème linguistique, le projet des trois amis bute sur deux autres obstacles. L’argent d’abord : fin 2015, un premier tour d’horizon des salles susceptibles d’accueillir le projet (une jauge minimale de 600 places, une fosse d’orchestre, une ouverture de scène de dix mètres…) et des sponsors prêts à le soutenir financièrement se solde par un échec cuisant. Le spectacle est beaucoup trop cher ! La musique ensuite : eh oui, dans comédie musicale, il y a l’adjectif musical… et aucun de nos trois amis n’a les compétences requises pour assumer la direction d’un orchestre et d’un chœur.

Me croirez-vous si je vous dis que les miracles existent ? Début 2016, deux miracles se produisent en effet coup sur coup, à quelques semaines d’intervalles : les trois amis rencontrent Jean-François Rondeaux, trompettiste dans la comédie musicale Frankenstein Junior et musicien aguerri qui, s’il est un chef d’orchestre parfaitement autodidacte, embarque dans le projet avec un enthousiasme sans faille ; et le Théâtre Saint-Michel accepte de soutenir le projet en mettant à disposition sa somptueuse grande salle, un espace de répétition et une infrastructure professionnelle d’accueil du public. Comme souvent, ces deux miracles se produisent au cours d’un repas, autour d’une bonne bouteille. Il n’y a pas de hasard… il n’y a que des rendez-vous.

Une salle, un directeur musical… Le projet repart de plus belle, et l’on s’attelle alors à achever la traduction du livret. Entre-temps, l’équipe fait la rencontre de Selma Lisein, jeune danseuse bruxelloise, qui accepte de les suivre avec beaucoup d’énergie et de plaisir (et un brin de folie) afin d’assumer la création des chorégraphies. Un budget de production est établi, la température est prise à gauche et à droite, quelques détails sont finalisés… et puis on se jette à l’eau : au tout début du mois de janvier 2017, est diffusée en grandes pompes l’annonce des auditions ouvertes pour la comédie musicale La Chaperonne Éméchée.

À plus d’un an des représentations (prévues à l’époque pour « février/mars 2018 »), ces auditions sont le premier buzz que connaîtra le projet : ce sont près d’une centaine de comédiens / chanteurs / danseurs qui passent devant l’implacable jury de l’équipe de production. Ambiance The Voice assurée : on cache les laiderons derrière de grands rideaux et on fait tourner les chaises ! Bref… Par la magie du bouche à oreille, les gens viennent d’un peu partout, les horizons sont très divers, et la majorité des candidats nous est parfaitement inconnue.

Ce seront finalement dix-sept personnes qui seront retenues, deux d’entre elles nous feront défection, une seule sera remplacée (vous ne vous étiez pas demandé pourquoi l’Ensemble comptait un nombre impair de choristes ?)… Nous serons donc seize : nous avons notre troupe, belle, talentueuse, pleine d’énergie, débordante de motivation ! Le matériau humain pour faire de très grandes choses !

Les répétitions commencent au printemps 2017. La tâche est immense : on commence par déchiffrer les 191 pages de partitions pour les voix. Sous le regard avisé et bienveillant de Jean-François, l’ensemble des chanteuses et chanteurs s’activent à lire et mémoriser des centaines de mesures de musique. Musiciens avertis ou autodidactes incapables de lire une partition, tous sont logés à la même enseigne : le résultat doit être parfait !

Du côté de l’équipe de production, le travail sur la communication commence (vous êtes près de deux mille à venir nous applaudir ces 2 et 3 mars : une telle masse de spectateurs ne se rassemble pas en un claquement de doigts !)

Des associations sans but lucratif sont contactées, à qui l’on propose de reverser une part du prix de chaque place vendue par leur intermédiaire ; ainsi nous joignons l’utile à l’agréable et apportons des fonds à ces associations, qui donnent de l’écho à notre projet auprès de leurs sympathisants (c’est l’occasion pour nous de remercier très chaleureusement les dix associations qui ont accepté de nous soutenir : vous trouverez leurs pages de présentation dans ce programme).

Dans l’intervalle, on crée une page Facebook, on met en ligne un site internet et on conçoit, avant l’affiche officielle, une pré-affiche, diffusée dans tout Bruxelles à l’été 2017. Vous l’avez peut-être vue : son texte, énigmatique («

Parfois le titre d’une comédie musicale suffit pour dire qu’elle sera incroyable. Ce n’est pas le cas cette fois. »), répondait aux seules mentions « Mars 2018 – Théâtre Saint-Michel ». Un coup de semonce publicitaire, destiné à aiguiser l’intérêt de notre public.

A la rentrée, les répétitions théâtrales proprement dites débutent : il ne s’agit plus seulement de travailler le chant devant son pupitre, mais de commencer à chanter en situation, aussi bien au beau milieu d’une chorégraphie endiablée que pendant les scènes de comédie. Une autre paire de manches, qui donne du fil à retordre à chacun !
Il est temps de penser à la scénographie : Marie-Dominique Dupuis s’attelle à la conception et à la réalisation de nombreux éléments (le frigo, l’avion, les modules…), et l’on obtient par le bouche à oreille un contact pour récupérer la structure de décors d’une production théâtrale professionnelle. Le rendez-vous est pris, le camion loué, les panneaux de cinq mètres de haut transportés à la force des petits bras de la troupe rassemblée dans l’effort…

Même travail pour les costumes : il s’agit de vêtir seize comédiennes et comédiens, dont certains changent cinq ou six fois de tenue. Faites le compte : c’est près d’une centaine de costumes qu’il s’agit de composer ! Commence alors une course folle pour dénicher la perle rare : des trésors cachés dans nos greniers aux étagères des Petits Riens, en passant par les réserves de costumes de théâtre (que le Grenier de l’ABCD, l’Union Dramatique et Philanthropique, la Comédie de Bruxelles et le Magic Land Théâtre soient ici vivement remerciés), c’est à force de patience et d’opiniâtreté que l’ensemble des comédiens finissent par trouver chaussure (ou jaquette, ou robe longue) à leur pied.

Le 13 décembre 2017 est une date historique : pour la toute première fois, la troupe joue la pièce du début à la fin sans s’interrompre – ce qu’on appelle, dans le jargon des théâtreux, une enchaînée ou un filage. Certaines scènes jamais encore répétées relèvent de l’improvisation complète, mais le tout tient la route. Pour toute troupe de théâtre, le premier filage est une victoire au goût exquis ! De longs mois d’efforts et de concentration pour une heure quarante de spectacle qui se déroule sans heurt ni accroc, comme par magie… On est à la mi-décembre : il reste deux mois et demi pour peaufiner le show !

À cette enchaînée assistent deux personnages-clés : Émilie Schoumaker et John Cooper, chargés de la création des lumières. Maintenant que la pièce commence à rouler, il est grand temps en effet de penser aux éclairages, c’est-à-dire aux ambiances et effets que l’on veut créer, à la façon de sublimer ce qui, sans lumières, n’est pas vraiment vivant. Le théâtre est un art de l’illusion : sans jeux d’ombre et de lumière, la chenille ne devient jamais papillon.

Après une pause bien méritée pour les fêtes de fin d’année et les examens (eh oui ! nos comédiens ont entre 17 et 54 ans!), la troupe se retrouve gaiement en janvier et reprend le travail sur les chapeaux de roues : danse, chant, théâtre, tout doit être réglé au millimètre ! C’est aussi le début des répétitions de l’orchestre : quinze instrumentistes de grand talent, sous la baguette de notre directeur musical, qui déjoue avec ses phalanges ultra-motivées les pièges et chausse-trapes de la partition. Au total, chacun travaille avec un objectif unique en tête : la symbiose parfaite d’une trentaine d’individus qui doivent interagir avec la plus grande précision. Tous obéissent au doigt et à l’œil d’un seul guide, le chef d’orchestre.

À mesure que les ventes de billetterie augmentent (500, 800, 1.000, 1.250, 1.600 spectateurs !), l’équipe de production décide d’engager des dépenses supplémentaires pour offrir une expérience inoubliable au public : un élément de décor nouveau ici (vous avez failli échapper aux escaliers sur « La surprise du chef » !), les services d’une maquilleuse professionnelle là (les magnifiques créations de maquillage et de perruques de Laure Berthold), le programme que vous tenez entre les mains… À l’enthousiasme encourageant de notre cher public s’ajoute enfin, dans le courant du mois de janvier, une nouvelle magnifique : UCL Culture nous apporte son soutien logistique et financier !

Le mois de janvier est encore celui des grands travaux : avec la coopération bienveillante de Vincent Rutten, directeur technique du Théâtre Saint-Michel, les nombreux effets spéciaux du show sont conçus (placement d’un vérin hydraulique sous la trappe de scène, exploitation des ponts de ciel pour faire descendre des éléments de décor depuis les cintres, mise en place d’une toile pour les projections vidéos, élaboration du système de déplacement autonome des décors, etc.), et le plancher de scène est percé au niveau de la fosse d’orchestre. Cela faisait de très nombreuses années que les spectateurs du TSM n’avaient plus eu le plaisir de voir la fosse d’orchestre ouverte.

L’occasion de renouer avec les grandes heures de la salle !

Février 2018 enfin ! Le mois de l’amour, de la vague de froid et de la course contre la montre. Les répétitions s’intensifient, malgré la tension qui monte et les nez qui coulent. Le plaisir et la concentration de toute la troupe sont palpables. Les filages techniques se multiplient : tantôt avec l’orchestre pour caler les tempi, tantôt avec les régisseurs pour caler fixer l’éclairage sur les entrées et sorties des comédiens, tantôt enfin avec les ingénieurs du son pour faire la balance des trente et un microphones utilisés simultanément sur scène. La manœuvre est extrêmement longue et délicate (il s’agit d’équilibrer la puissance sonore de quinze voix, chantées et parlées, et de seize instruments, du piano à la trompette, tout en évitant les effets d’écho ou de larsen), mais absolument capitale pour garantir un confort acoustique optimal au public.

Dimanche 25 février 2018 : toute la troupe est réunie, ainsi que l’ensemble des petites mains et des grands coeurs qui gravitent autour d’elle et s’activent dans l’ombre pour faire de ce spectacle un succès. La fébrilité de chacun est à son comble : ce soir, c’est la couturière – la répétition pré-générale, maquillée, costumée, éclairée, sonorisée dans les conditions du direct. Plus le droit à l’erreur, il faut y aller !

Mercredi 28 février 2018 : répétition générale ! En présence d’un petit nombre de spectateurs triés sur le volet, le spectacle affronte pour la première fois le regard d’un public externe. Après une heure quarante d’efforts et de concentration, la récompense des premiers bravos est à la hauteur de l’énergie investie dans un projet qui, déjà, touche à sa fin.

Jeudi 1er mars 2018 : repos forcé pour toute la troupe. Plus qu’une fois dormir avant la grande première…

Vendredi 2 et samedi 3 mars : nous y voilà ! Après trois ans de travail, des milliers d’heures de réflexion, de répétitions, d’hésitations, de négociations, de cogitation, de crispations, de tergiversations, le rêve devient réalité !

Vous êtes sur le point d’assister à une représentation de La Chaperonne Éméchée. Que demander de plus pour passer une merveilleuse soirée ?

Après ce week-end d’enfer, le public en redemande, les chanteurs sont exaltés et tout le monde se réunit pour une décision d’enfer : nous rejouerons le show en octobre 2018 au Théâtre Saint-Michel pour trois dates supplémentaires. Vous venez ?