« Kazerne Dossin »

Au mois d’avril, les rhétoriciens de la 6T1 de Monsieur Wampach et ceux de la 6T8 de Monsieur Hambenne ont eu l’occasion d’être les acteurs d’un projet directement lié à leur cours d’histoire : la création du Mémorial, Musée et Centre de Documentation sur l’Holocauste et les Droits de l’Homme ou projet « Kazerne Dossin » à Malines.

Entre 1942 et 1944, les nazis ont utilisé cette ancienne caserne comme camp de rassemblement pour déporter vers Auschwitz-Birkenau plus de 25.000 Juifs et Tsiganes de Belgique et du Nord de la France. Le site rénové accueillera dès septembre 2012 un mémorial et un musée rappelant cette tragédie. Un nouveau bâtiment créé par l’architecte bOb Van Reeth constituera un repère marquant qui contraste avec l’ancienne caserne. Le mémorial, le musée et le centre de documentation sur l’Holocauste et les Droits de l’Homme commémorent, informent et mettent en garde contre l’exclusion, la discrimination et la violence de masse, hier et aujourd’hui.

Plusieurs classes de rhétorique et d’écoles supérieures d’établissements émanant des trois régions de notre pays sont devenues les « marraines » chacune d’un convoi de déportés. Ainsi les 28 élèves de ma rhétorique 6T8 ont « pris en mémoire » les 1000 déportés du convoi XVII, essentiellement composé de Juifs d’origine polonaise raflés en Belgique ou en France. L’objectif concret demandé aux étudiants était d’enregistrer leurs 1000 noms afin que ceux-ci soient diffusés et répétés en fond sonore aux visiteurs du futur Mémorial et de même pour les victimes des autres convois. Dans un premier temps, deux personnes travaillant pour le projet « Dossin » vinrent rencontrer les élèves en classe. L’une d’elles, rescapée des camps de la mort, exposa son témoignage et répondit aux questions des élèves. Son récit poignant fut écouté avec une vive émotion.

Chaque rhétoricien(ne) apprit ensuite, toujours sous la guidance de ces deux témoins, à prononcer correctement les 35 noms des déportés qui lui avaient été confiés. Moment émouvant puisqu’à cause de la précision macabre des nazis figurent sur les documents le nom, le prénom, l’âge et le lieu de naissance de chaque déporté. Certaines victimes de notre convoi n’étaient que des bébés âgés de quelques mois à peine alors que d’autres étaient octogénaires. Emotion encore en découvrant trois membres d’une même famille nés dans le village d’Auschwitz et ramenés dans leur fuite par un destin bien cruel dans leur lieu natal pour y être exterminés. Quelques jours plus tard, l’ensemble de la classe se rendit à Malines dans un studio d’enregistrement afin de procéder à la capture sonore de tous ces noms.

Cette initiative originale nous a tous bouleversés. Il est difficile d’appréhender concrètement les centaines de millions de morts des guerres et massacres du XXème siècle : leur nombre demeure une entité abstraite qui dépasse l’entendement. En revanche, le destin tragique de la trentaine de victimes resurgies de l’anonymat interpelle lui de façon beaucoup plus prégnante l’esprit de chacun. Puissent ces initiatives contribuer à mieux comprendre les mécanismes de haine et d’exclusion qui ont mené à pareilles atrocités mais aussi développer l’intelligence du cœur qui permettra, espérons-le, qu’elles ne se réitèrent plus. Rendez-vous en septembre 2012 pour l’inauguration de ce haut lieu de la mémoire mondiale.