Jacques Van der Biest

Présentation de Jacques Van der Biest (Ads 1947)

Lauréat n°2  du vote des Ancien(ne)s

 En cette année 2020, l’AESM fête ses 100 ans. Cet anniversaire devait être célébré en octobre par des retrouvailles et l’inauguration au Collège d’une fresque représentant les 100 Anciens les plus représentatifs de la formation reçue à St-Michel. Mais l’épidémie de la Covid-19 nous force à reporter cette inauguration en des temps meilleurs et plus sûrs !…

Pour opérer ce choix des 100 Anciens, tous les membres de l’AESM étaient appelés en juin dernier à choisir à partir d’une présélection de 250 Anciens ceux et celles qui étaient leur « coup de cœur ».

Sur le site de l’AESM, www.100ansaesm.be peuvent être toujours consultées la liste et la notice biographique des 100 Ancien(ne)s ayant obtenu le plus de suffrages.

A partir de ce numéro 104 d’Horizons, nous allons tenter de rentrer plus avant   dans la connaissance des 5 premiers lauréats du vote. « Donner chair et animation » à leur notice biographique pour mieux percevoir leur personnalité.

Nous commençons aujourd’hui par l’Abbé Jacques Van der Biest (Ads 1947), personnage haut en couleurs, toujours prêt à dénoncer les injustices dans le quartier des Marolles où il habitait. Le combat de toute sa vie aux côtés des plus démunis fut de lutter contre la pauvreté et pour des logements décents.

Jacques Van der Biest ne fut jamais avare de déclarations ou d’interviewes sur son parcours de vie. En voici quelques fioretti, quelques florilèges…

Le Collège Saint-Michel

Je n’aimais pas d’aller à l’école. Je ne parvenais pas à rester en place et j’ai été puni très souvent ! Par contre, j’aimais l’ambiance générale du Collège où je suis resté de 1936 à 1947. Je m’y suis amusé beaucoup. La spécialité de notre classe était d’organiser des chahuts et lorsque notre classe n’appréciait pas un prof, nous lui faisions sentir…

 Mes matières de cours préférées

En premier lieu le grec et puis le latin. Mais ces préférences s’expliquent par mon professeur de Poésie qui était un homme enthousiaste, passionné par l’Antiquité, désireux de partager son savoir et celui-ci était grand. Par contre, je n’aimais pas du tout l’histoire, la géographie. Tout cela c’était du par cœur ! J’étais très fort en mathématiques. Raison pour laquelle j’ai fait par la suite des études d’ingénieur.

 Le fils prodigue

C’est évidemment l’histoire de la parabole dans l’Evangile. Une parabole qui m’a marqué pour toute la vie. J’étais en 1ère Primaire dans la classe d’un professeur extraordinaire, un homme de Dieu en plus, et dont je me souviendrai toute ma vie… Son premier cours de religion était consacré à la parabole de l’enfant prodigue, et cette histoire m’a touché et suivi toute ma vie.  Je suis comme l’enfant prodigue… Le père de la parabole se lève, il va à la rencontre de son fils, il lui parle, il ne lui fait aucune remontrance.  Or j’avais à l’époque l’idée d’un Dieu tout-puissant et inaccessible. Avec cette parabole, l’image de Dieu a été chamboulée en moi. Je resterai toujours le fils. Un fils pardonné et qui doit savoir pardonner. Dans mon existence, Je prends une part de la bonté de Dieu… J’essaie en tout cas !

 Ma vocation sacerdotale.

J’ai senti que Dieu m’appelait. Voilà tout. Ma vocation est liée en particulier à mon expérience de travail en usine, juste après la guerre. J’y ai été témoin de la misère de mes copains originaires du Limbourg.  Ils vivaient juste le moment présent sans avoir un quelconque projet d’avenir. Pour moi, ce qui donnait un sens ultime, c’était le Christ !  Mais je ne voulais pas du tout devenir jésuite. Je souhaitais plutôt aller dans une paroisse délaissée. C’est comme cela que je suis arrivé dans les Marolles, tout à fait par hasard, en 1954… dans la paroisse Saints-Jean-et-Étienne-aux-Minimes.

La bataille des Marolles

En 1969, se fait jour un projet d’extension du Palais de Justice de Bruxelles avec pour corollaire dans le quartier des Marolles l’expropriation de 1200 personnes. Expropriation soi-disant pour cause d’utilité publique, sous couvert d’hygiène, d’embellissement ou de modernité.

C’était le début de ce qu’on a appelé « la bruxellisation » ou le développement anarchique de notre ville livrée aux intérêts des promoteurs et sans le contrôle des autorités politiques.  Aux côtés des habitants de la paroisse, en les solidarisant au sein de comités de quartier, nous allons durant de nombreux mois, nous opposer à cette expansion qui fait fi du droit des habitants et de leurs revendications. Pour la première fois, les autorités céderont et le projet sera abandonné.

On célèbrera alors dans le quartier et dans la joie… l’enterrement de Promoteur, de sa femme Bureaucratie et de leur enfant Expropriation !

« J’y suis, j’y reste » – « Ne touchez pas à notre curé »

NDLR : En 2005, Jacques Van der Biest a 75 ans, l’âge de la pension pour les prêtres. Son supérieur hiérarchique lui signifie sa retraite forcée mais l’abbé veut rester dans son quartier des Marolles auprès de ses paroissiens. Les Marolliens se mobilisent alors et manifestent pour le maintien de leur curé. Finalement il recevra l’autorisation de rester en fonction « tant que cela lui sera possible »… La même année, la Ville de Bruxelles le fait citoyen d’honneur. Le 6 mai 2016, Jacques Van der Biest décède. Les dernières années de sa vie, il s’était investi pour les demandeurs d’asile et les sans-papiers. La porte de son église était toujours ouverte.