In memoriam Gérard Schouppe

Début février, c’est avec stupeur que nous apprenions la disparition brutale du professeur Gérard Schouppe. Gérard avait la passion des langues anciennes : pour lui, le Grec et le Latin étaient des entités complices avec lesquelles il entretenait une savante relation faite de fascination et d’amour.
Grammairien dans l’âme, il avait initié des dizaines de milliers d’adolescent(e)s aux ar
canes de ces langues mères de la nôtre à travers ses nombreux manuels aux noms si familiers : Initium, Aditus, Artes, Lectio, Thalassa, Cosmos, Index, Clavis,…
Pédagogue de coeur, il a professé à travers l’ensemble des classes des Humanités avec un attachement tout particulier à sa chère "3ème année" dont il fut titulaire tout au long de sa carrière.
Une carrière qui l’amena à exercer une série de postes à responsabilités : inspecteur diocésain, maître de stages, formateur UCL, membre du Conseil d’Administration du Collège et de différents Pouvoirs Organisateurs.
L’AESM lui rend hommage en reproduisant l’éloge funèbre prononcée par son collègue et ami, Baudouin Hambenne, durant la messe de funérailles en l’église (bondée) du Collège, le 11 février 2017.

 

« S’il est vraiment sage, le maitre ne vous invite pas à entrer dans la maison de SA sagesse mais il vous conduit plutôt au seuil de VOTRE propre esprit. »

     Quand j’ai lu la citation de Khalil Gibran que vous avez placée en tête du faire-part, chers Alice, Elise et François, l’image de Gérard m’a instantanément sauté aux yeux tant s’y trouvent résumées à la perfection ces valeurs qui lui étaient si chères : la sagesse profonde du maitre ouverte sur un altruisme permanent propice à faire éclore la personnalité de chacun de ses élèves. Pour arriver à cela, il faut beaucoup d’intelligence, infiniment de talent mais aussi une très grande modestie, toutes qualités qui constituaient le ciment avec lequel Gérard bâtissait son quotidien.

     Si nous sommes si nombreux réunis aujourd’hui autour de vous dans l’église de notre Collège, c’est sans doute d’abord pour rendre hommage à l’éminent professeur qu’il était.
Le Grec, plus encore le Latin, constituaient des entités bien vivantes avec lesquelles Gérard entretenait des relations faites d’amour et de fascination.
Grammairien de cœur, il avait entrepris avec l’aide d’une équipe d’enseignants de l’UCL de relever le défi permanent de la rénovation de l’enseignement des langues anciennes.
Sous la férule de l’éminent linguiste Marius Lavency, son maitre, son mentor, son ami, il travailla d’arrache-plume à constituer une collection d’ouvrages dont les titres sont encore dans tous nos esprits et sur les bancs de nos élèves : Initium, Aditus, Artes, Lectio, Cosmos, Thalassa, Index, Clavis… Aucun ministre, aucune réforme, aucun Pacte – même supposé « d’excellence » – ne réussira jamais à briser l’enthousiasme de Gérard à transmettre l’humanisme de ces langues mères de la nôtre.
Sa précision et sa rigueur étaient légendaires. Nous l’entendons encore répéter : « Attention, en Latin, une lettre change et tout change ! Soyez précis ! »… Tant il est vrai qu’il suffit à l’élève distrait d’oublier le « r » dans « victor » pour voir basculer le destin de César vainqueur en celui de Vercingétorix vaincu…  Une consonne négligée et Rome n’est plus dans Rome !

     Grammairien certes, mais combien plutôt « metteur en scènes ».  Gérard avait un talent incroyable pour dénicher le texte mythologique, l’anecdote historique ou le propos philosophique qui vous transformaient l’apprentissage d’une règle grammaticale en une aventure culturelle inoubliable. Il nous arrive souvent d’être confronté à la candeur faussement naïve d’un(e) rhétoricien(ne) prétendant n’avoir jamais rencontré tel subjonctif intrigant ou tel autre ablatif épineux. Il suffit pourtant d’évoquer un titre de manuel de Gérard et l’un de ces fameux textes pour que soudain le souvenir lui revienne à la mémoire. Ainsi en va-t-il  de l’impudente Chélonée transformée en tortue pour avoir osé mépriser les noces de Jupiter et de Junon ; de cet enfant « plus audacieux que tous les autres » nageant en compagnie du dauphin dans la colonie d’Hippone ou de Dédale livrant ses recommandations de vol à son fils Icare aussi jeune qu’impétueux… Je devine à vos sourires que grâce à l’univers créé par les textes rassemblés par Gérard un fond de latin survit précieusement en vous aussi…

     Grammairien, pédagogue, Gérard était surtout l’ami de tous en général et de chacun en particulier. Comment ne pas être saisi d’émotion à la lecture de tous ces messages remplis de gratitude, de joie, de sensibilité laissés par des centaines d’entre vous sur le site des anciens élèves ou dans le livre d’or ? Le mot qui revient le plus souvent, c’est MERCI !
Tout simplement mais si justement…
A travers les nombreuses responsabilités exercées tout au long de sa carrière d’enseignant, de formateur, d’inspecteur, de membre de diverses instances de direction et de Pouvoirs Organisateurs, tous nous avons pu percevoir son professionnalisme, sa bienveillance, sa totale discrétion et cette qualité si précieuse de la pédagogie jésuite : l’a priori de confiance qu’il avait envers chacun.

     Si Gérard avait la passion du travail bien fait, la patience de l’artisan ciselant son ouvrage, la modestie de celui qui sait se taire pour écouter l’autre et mieux le conseiller ensuite, il y avait quelque chose qui constituait par dessus tout l’essentiel de sa vie : l’attachement infini qu’il portait à sa famille. Pas un jour ne se déroulait sans qu’il n’évoque ces noms qu’il chérissait plus que tout : Alice, Elise, Marie, François, Stéphanie et bien sûr sa tendre petite Félicie. Tous nous sommes les témoins émus de l’amour infini qu’il vous portait et qui vous rendait unique à ses yeux.

     Gérard, ton amour de la langue latine a fait de toi, ta vie terrestre durant, un citoyen d’honneur de Rome, la Ville éternelle ; désormais tu as franchi les portes célestes de la Vie éternelle pour entrer dans la maison du Père.
De là haut, veille sur nous tous et donne nous de poursuivre l’œuvre que tu as bâtie avec tant de passion.

Vale, Gérard !