In aqua sanitas, in uino malum

Tabagisme, alcoolisme, consommation de stupéfiants, cyberdépendance,… la liste des assuétudes auxquelles sont soumis les jeunes aujourd’hui est malheureusement aussi longue que redoutable. Parents et enseignants paraissent souvent bien démunis. Est-ce pour autant une raison de baisser les bras ? Le collège ne le croit pas. Aussi face à ces inquiétantes problématiques organise-t-il régulièrement des journées d’information, de sensibilisation et de prévention à l’intention des élèves. Horizons a demandé à deux élèves de M. Vincent de Vos, titulaire de la 5T1 de relater la journée qui permit à l’ensemble des jeunes de 5T (classe de Poésie) d’aborder la problématique de la consommation d’alcool. Timotée Sébert et Julien Oosterbosch nous la racontent.

In aqua sanitas, in uino malum

Nous sommes le mercredi 6 février. Les élèves du 3e degré sont rassemblés dans la cour. Il fait frisquet. La « journée assuétude » va commencer. La sonnerie retentit. Bien, voyons ce que l’on nous a réservé…

Assuetus, -a, -um: habitué, habituel

Nous sommes tous dirigés vers le théâtre où nous attend M. Schepers qui se décrit comme « malade en sursis ». Il débute en nous parlant simplement de ses réflexions à propos des jeunes et de leur consommation de cigarettes, de joints, et enfin du « produit », ce « produit » qui est entré dans sa vie très tôt, et qui s’est accroché à lui comme un chien à un os. Alors, commence sa biographie, évidemment profondément liée à ses problèmes de boisson. Elle raconte l’histoire d’un professeur de gymnastique qui se réveille avec une bouteille de whisky à la main et qui la remplace lorsqu’elle est vide. Les ennuis le suivent partout : à la maison avec une femme et des enfants incapables de l’aider malgré leur volonté, au travail où il n’a plus aucune autorité et où les élèves l’appellent « l’alcoolique ». Arrive la première thérapie, puis la deuxième, puis les autres, à chaque fois de plus en plus longues, mais sans meilleur résultat. Le voilà à la rue, sans famille, sans argent, avec pour seule compagnie, quelques huissiers. Sa remontée, comme il nous l’a décrite, nous semble bien désagréable, nous voilà prévenus! Vingt ans plus tard, il est toujours endetté, guéri mais il doit toujours se battre contre les tentations quotidiennes. Voilà une situation qui nous fait réfléchir. Il est dix heures, nous le laissons donc, avec à l’esprit, son témoignage marquant.

A.A. et Al-Anon

Nous sommes à présent répartis en plusieurs groupes et dirigés vers des ateliers dans divers locaux de l’école. Qu’importe, nous avons tous les deux les mêmes associations comme hôtes, des représentants des Alcooliques Anonymes et un autre groupe de soutien moins connu, Al-Anon. Les personnes qui nous accueillent ont toutes ressenti les effets de l’alcool, soit sur elles-mêmes, soit sur un membre de leur entourage, ce qui est tout aussi pénible d’après les témoignages. « Fumer nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage. ». Nous n’aurions jamais cru que « boire » aurait aussi pu servir de sujet à ce slogan. Après la narration de M. Schepers, obtenir le point de vue des familles, c’est… différent. Il reste encore un peu de temps, nous pouvons donc poser les questions qui nous viennent à l’esprit, que ce soit sur les réunions ou sur les histoires qui nous ont été relatées. Nous avons maintenant notre pause, puis nous retournerons au théâtre pour le dernier rendez-vous.

A chaque mal son docteur

Le docteur Gueibe se tient devant nous, tout sourire. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, son discours ne sera pas théorique, encore moins pour la prohibition des drogues. Il nous décrit brièvement son métier (alcoologue), puis il se lance dans de nombreuses anecdotes, de ses colloques jusqu’à ses propres expériences. Il illustre ses propos par intonations, mimiques et imitations grotesques. Il ne nous en faut pas plus, il a capté notre attention. De plus, son message nous plait et se trouve peut-être plus pertinent à notre âge que les autres interventions de nos visiteurs précédents: « Amusez-vous mais connaissez vos limites et soyez attentifs à vos amis ». Il nous donne d’ailleurs quelques conseils, corrige quelques croyances estudiantines. Après nous avoir conscientisés pendant près d’une heure et demie, il reste à peu près cinq minutes pour les questions. Bien trop peu pour tous les bras levés ! Mais le docteur Gueibe est attendu, ne le mettons pas en retard. C’est dommage, il était bien sympathique.
Si nous avions pu conclure son exposé, nous aurions cité Baudelaire: « Si le vin disparaissait de la production humaine, il se ferait dans la santé et dans l’intelligence un vide, une absence plus affreuse que tous les excès dont on le rend coupable. » A condition, nous en avons bien conscience désormais, d’en user avec sagesse et modération… « Ne quid nimis », « rien de trop », dirait Horace en sage épicurien !