Houellebecq n’est pas prophète en son pays

Le dernier livre de l’écrivain français Michel Houellebecq, Soumission, aura fait beaucoup parler de lui mais encore une fois pour les mauvaises raisons. Ce qui arrive, il est vrai, assez souvent avec les grands auteurs de leur vivant.

Ainsi est-il reproché au livre, par certains journalistes parisiens éclairés, d’être islamophobe sans autre considération. Mais tout cela se passe avant les attentats de Paris et en particulier celui de Charlie Hebdo dont « la Une » le jour du drame était consacrée – ironie du sort – au roman de Houellebecq.

D’un coup, ces mêmes journalistes se sont indignés de ces attaques infâmes contre la liberté d’expression, contre les valeurs de la République ; « Je suis Charlie » scandaient- ils dans les rues. Ce qu’ils ne semblent pas avoir compris est que « Je suis Charlie » est aussi valable que « Je suis Houellebecq ».

Si les dessinateurs de Charlie Hebdo avaient parfaitement le droit, au nom de la liberté d’expression, de moquer le radicalisme des religions (qu’il s’agisse de l’Islam, du Catholicisme ou du Bouddhisme), Houellebecq a lui aussi le droit absolu d’écrire des livres sur des sujets de société provoquants et sensibles.

Soit dit au passage, le rédacteur de ces lignes a lu le livre très attentivement du début à la fin et rien – absolument rien – ne permet de le qualifier d’islamophobe. C’est un roman qui raconte entre autres (car il ne s’agit pas de l’histoire «centrale») l’accession d’un politicien musulman à la Présidence de la République et qui ne porte aucun jugement dégradant sur l’Islam (bien sûr, ici et là, Houellebecq se permet quelques remarques ironiques savoureuses).

Le plus inquiétant dans cette polémique est la confusion qui s’opère de plus en plus dans les médias entre une œuvre romanesque et un essai politique quelconque. Rappelons des principes simples : un roman est un genre littéraire caractérisé par une narration fictive ; le roman ne se confond pas avec son auteur. Insistons : un roman est une fiction. Or, on confond ici fiction et essai politique ; on confond Houellebecq et Zemmour. Un exemple éloquent parmi d’autres : le romancier a parfaitement la liberté (et le droit) d’écrire une fiction mettant en scène un personnage raciste sans être lui-même raciste. Bref, l’auteur ne se confond pas avec l’œuvre. Ceci tombe sous le sens et je ne connais pas un professeur de français pour me contredire sur ce point.

Admettre le contraire et évoquer une certaine « responsabilité de l’auteur » sur son œuvre reviendrait en pratique à censurer tout travail créatif : on en reviendrait à une littérature policée, mièvre, bref à refaire le procès de Flaubert pour Madame Bovary. Un retour à l’obscurantisme ?