Eric de Lamotte

Eric de Lamotte : l’exemple d’une vie donnée

Le 17 août dernier, un volcan s’est éteint. Eric de Lamotte nous a quittés à la suite d’un cancer de la plèvre qui l’a foudroyé en quelques mois.

Une grande partie de sa vie a été consacrée à l’investissement humanitaire au Congo, à Goma. Il s’est d’abord familiarisé avec la région en y travaillant quelques années à la Banque commerciale du Zaïre. Eric revient ensuite en Belgique et assiste impuissant, avec le monde entier, au terrible génocide du Rwanda en 1994. Ce génocide crée des milliers d’orphelins qui errent dans les rues de Goma. Eric ne veut pas rester les bras ballants, indifférent à cette misère. Il fonde alors l’ASBL En Avant Les Enfants (AELE) qui fournit un encadrement aux jeunes infortunés. 25 ans plus tard, cette ASBL est plus vivante que jamais et vient en aide aux Congolais à chaque étape de leur vie à travers sept projets différents.

L’un de ses projets est le Fonds Ngangi qui a été créé il y a une dizaine d’années par ses fils, Brieuc (Ads 2010) et Aymeric (Ads 2008), et par de nombreux anciens du Collège Saint-Michel. Plus d’une cinquantaine de jeunes Belges ont participé au projet depuis lors. Celui-ci a pour mission de contribuer au développement socio-économique de la ville de Goma, en soutenant la jeunesse par l’éducation et l’entrepreneuriat. Le Fonds Ngangi accompagne 50 étudiants universitaires par an en les soutenant financièrement, en leur proposant des formations supplémentaires et en leur offrant l’accès à un réseau professionnel afin qu’ils puissent trouver un emploi. Le Fonds Ngangi a financé plus de 200 bourses jusqu’à aujourd’hui et est actuellement présidé par Arthur de Fauconval (Ads 2008).

L’association est généreusement soutenue depuis des années par l’AESM. Sans Eric, aucun de ces jeunes Belges ne consacrerait du temps pour les plus démunis au bout du monde. C’est lui qui nous a appris à élargir notre humanité. Eric était en réalité le mouvement incarné. Là résidait sa vérité profonde. Depuis tout jeunes, nous, ses fils, avons été fascinés par ce formidable jaillissement, ce rugissement. D’où tirait-il cette capacité à constamment se hisser, à défier les pesanteurs qui plaquent les autres hommes au sol ? A ses côtés, le monde s’ouvrait soudain. Il sortait les hommes de la glaise où ils s’engluaient. D’une tape franche et amicale dans le dos, le sourire radieux, il dissipait les brouillards et les doutes. A ses côtés, comme par enchantement, nos possibles devenaient indéfinis. Il perfusait dans chacun de nous une force insoupçonnée. Mais cette vérité ne se suffit pas à elle-même. A quoi aurait-il servi, ce mouvement, s’il n’avait pas été dirigé vers un but plus grand ? Toute la grandeur de la force d’Eric a résidé dans le fait qu’il l’a orientée vers les autres. Il a percé le plus profond et le plus beau sens de l’existence : une vie pleinement réussie est une vie donnée. Et pour ça, nous l’admirons infiniment. Il aurait pu se contenter d’une paisible existence matérielle ; mais il a préféré coudre sa vie au fil de la haute exigence qu’est le service d’autrui. Nous avons tant de fois été émus par ce regard de bonté qu’il posait sur les gens qui jalonnaient sa route.

Nous remercions sincèrement l’AESM de nous avoir proposé de publier ce court hommage dans sa revue Horizons.

Ses fils, Brieuc et Aymeric de Lamotte