Des crapauds chez les jésuites !

Que vous me croyiez ou non, mais à l’époque où le Père Derbaix était titulaire d’une classe de cinquième latine, (actuellement on dit : deuxième latine) ce cher homme surnommait collectivement sa classe : « mes crapauds ».

C’était en 1942 et nous acceptions ce surnom avec bonne humeur, car cela tranchait, en 1942, avec la grisaille des jours de guerre.

En réalité, ce que j’appréciais au delà cette innocente raillerie, était que notre titulaire nous faisait enfin aborder notre premier vrai auteur latin : Jules César. Finis, les  »exercices latins  » de la sixième !

Le Père Derbaix nous a éveillés, dans une même foulée, à l’intérêt de la version latine et à la compréhension des intentions implicites de certains textes :

 »Vous devez savoir, mes crapauds, que si Jules César a écrit DE BELLO GALLICO, ce n’était pas seulement le journal d’une campagne militaire, c’était AUSSI pour se mettre personnellement en valeur car il avait une idée derrière la tête : retourner à Rome couvert de gloire militaire, et après une marche triomphale, tourner le dos à la république et s’emparer du pouvoir impérial  »

Ceci dit et bien compris, comment faut-il traduire la fameuse phrase : …fortissimi sunt belgae… Les belges sont les plus quoi ??? Comment traduire adéquatement ce fortissimi ???

Les crapauds étaient ainsi introduits dans le souci d’exprimer correctement la pensée d’un auteur à la lumière de son vécu. Le grand César ne pouvait quand même pas écrire dans une chronique de ce genre, que: battre les Belges ce n’était pas de la tarte.

Et comme nous disposions d’une  » Préparation  » , un livret de commentaires à la fois grammaticaux et illustrés, je m’intéressais à la façon romaine de construire un pont de bois sur le Rhin : Le génie militaire romain et le génie de la langue française ali¬mentaient dans une même étude ma cervelle de crapaud.

Fini  »Le Petit Chaperon Rouge », de notre enfance ! Nous avancions vers le monde adulte, à petits pas, à pas de crapauds et presque sans nous en rendre compte.

Le père Derbaix fut aussi l’auteur de livres destinés à la jeunesse, mais j’avoue en avoir oublié les titres : ils ne m’ont pas marqué.

Et après Jules César, notre premier vrai auteur latin, nous nous sommes trouvés en compagnie d’autres auteurs. C’était cela  » les humanités anciennes ». Tous et chacun nous apportèrent une connaissance supplémentaire des démarches de l’esprit humain. Cicéron, le politicien, Tite-Live, l’historien consciencieux, Virgile, l’écolo de l’antiquité, Tacite, si difficile à BIEN traduire….

J’aimerais vous parler de nos auteurs grecs, mais comme l’a dit Kipling, c’est une autre histoire.

Qui, parmi les anciens, ne se laisserait pas tenter d’écrire quelque chose de leurs propres souvenirs collégiens ?

Guy Nauwelaers