Accueillir et intégrer les migrants et les réfugiés, par Tommy Scholtes, parution dans Échos jésuites, 2017-3 (15 décembre 2017)

Comment mieux accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés ? C’est la question à laquelle le pape François nous invite à réfléchir, à l’occasion de la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, qui sera célébrée, cette année, le 14 janvier. Dans le fil des recommandations du pape, le Service jésuite des Réfugiés en Belgique (JRS Belgium), avec l’appui du Centre Avec et des Anciens élèves du collège Saint-Michel, organisait une conférence-débat à Bruxelles le 14 novembre dernier. À cette occasion, le JRS rappelle son action en Belgique et nous invite à la réflexion et à l’action, alors que la crise des migrants et réfugiés ne cesse d’alimenter la chronique quotidienne de notre actualité.

Une occasion de rencontre
Le pape François, dont une des premières activités publiques comme évêque de Rome a été de se rendre à Lampedusa, rappelle, dans son message pour la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, ce texte du Livre du Lévitique : « L’immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un compatriote, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d’Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu. » (Lv 19, 34)

Et de poursuivre : « Tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus Christ, qui s’identifie à l’étranger de toute époque accueilli ou rejeté (cf. Mt 25, 35.43). Le Seigneur confie à l’amour maternel de l’Église tout être humain contraint de quitter sa propre patrie à la recherche d’un avenir meilleur. Cette sollicitude doit s’exprimer concrètement à chaque étape de l’expérience migratoire : depuis le départ jusqu’au voyage, depuis l’arrivée jusqu’au retour. C’est une grande responsabilité que l’Église entend partager avec tous les croyants ainsi qu’avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, qui sont appelés à répondre aux nombreux défis posés par les migrations contemporaines, avec générosité, rapidité, sagesse et clairvoyance, chacun selon ses propres possibilités. »

Le Service jésuite des Réfugiés en Belgique
Depuis sa fondation en 2001, le JRS Belgium a pris fait et cause pour une catégorie de migrants particulièrement vulnérable : ceux qui sont placés en détention administrative (centres fermés et maisons de retour). Il s’engage également en faveur de l’hospitalité grâce au projet Up Together.

Soutien aux migrants en détention
L’équipe du JRS Belgium visite chaque semaine trois des cinq centres fermés que compte la Belgique et où sont détenus des étrangers en vue de leur expulsion du territoire. Elle visite aussi les maisons de retour, de création plus récente – deux en Wallonie, trois en Flandre –, où séjournent des familles qui ne peuvent être
enfermées à cause de la présence d’enfants mineurs en leur sein, mais qui doivent tout de même préparer leur retour au pays d’origine.
La création de ces maisons fait suite au plaidoyer mené par le JRS et d’autres associations, pour faire respecter par la Belgique l’interdiction européenne d’enfermer des familles comportant des enfants mineurs. En effet, la loi belge permet la détention, en centres fermés, des étrangers qui font l’objet d’un ordre de quitter le territoire, pour mettre en oeuvre leur expulsion. Les personnes retenues en ces centres n’ont d’autre perspective que de quitter le pays, à moins que l’Office des étrangers ne les libère pour n’avoir pas réussi à mettre en oeuvre dans le délai légal leur retour, consenti ou forcé, au pays. Les migrants qui
demandent l’asile en se présentant à la frontière font également l’objet d’une mise en détention  systématique en centre fermé pour le temps de la procédure. En cas d’échec de leur demande, ils seront ainsi « sous la main » de l’État, en vue d’une expulsion rapide.

Au sein du JRS Belgium, les visiteurs des centres fermés sont soit « accrédités », soit « amicaux ».
Les visiteurs accrédités par l’Office des étrangers reçoivent l’autorisation de rencontrer les personnes détenues pour s’assurer que leur enfermement se passe dans le respect de la loi et des conventions internationales. Ils s’assurent que le droit à l’aide juridique est respecté, de l’introduction de tous les recours possibles, de la prise en charge des problèmes de santé, de l’établissement des contacts avec la famille, etc.
Les visiteurs amicaux, quant à eux, rencontrent, à leur demande, les détenus isolés ou en souffrance, sur recommandation du visiteur accrédité.  Le visiteur amical offre une présence et un soutien moral, propose un lien d’humanité.

L’accompagnement des personnes détenues se complète d’un travail de service et de plaidoyer (advocacy). Ainsi, autour de chaque centre fermé, un réseau de professionnels a été constitué dans les domaines du droit et de la médecine, pour soutenir des détenus ayant un besoin spécifique d’aide juridique ou de soins de santé. Il revient aussi au JRS et à ses partenaires d’interpeller les directions des centres ainsi que l’Administration pour leur signaler des anomalies constatées.

Le projet d’accueil Up Together
Lancé en 2015, le projet Up Together a pour objectif de développer des réseaux composés de personnes, de familles et communautés prêtes à accueillir chez elles un migrant « débouté » de ses droits durant huit semaines, pour lui permettre de réfléchir sereinement à sa situation et de mieux envisager l’avenir. Le parcours d’hospitalité, d’une durée maximale d’un an, est supervisé par des volontaires, sous la coordination d’un membre du JRS Belgium.

Grâce à ce projet d’accueil, le JRS Belgium, conformément à sa ligne de conduite, privilégie, parmi les étrangers accueillis, ceux qui, libérés des centres fermés, ne peuvent pas, pour des raisons administratives ou médicales, retourner dans leur pays d’origine. C’est souvent au cours de leurs passages dans les  centres fermés que les visiteurs du JRS rencontrent les détenus que l’Office des étrangers ne parvient pas à expulser du territoire et qui, pour cette raison, doivent être libérés, mais dont la plupart ne trouvent pour autant aucun hébergement, ni aucune aide à leur sortie.

Fidèle à ses principes fondateurs, le JRS est appelé à aller aux périphéries, vers des personnes particulièrement vulnérables, puisqu’elles ne disposent d’aucun droit : ni le droit de séjour, ni le droit de travailler, ni le droit à l’aide sociale.

Une réflexion sur la migration
« Dans une Europe en pleine crise identitaire, et devant l’impasse à laquelle mène sa politique d’asile commune, le JRS se sent appelé à apporter sa contribution à la définition d’un nouveau paradigme migratoire, qui prenne en compte, outre les réalités politiques, économiques et sociales, les notions de sens, de justice et d’humanité », affirme Baudouin Van Overtraeten, directeur du JRS Belgium.
Comment transformer le message évangélique et l’intuition prophétique de l’accueil de l’étranger en une politique migratoire qui soit globale, juste, réaliste et durable ?

– Une politique migratoire globale : l’accès de longue durée au territoire des pays européens n’est plus possible que par quelques fenêtres étroites. Une approche intégrée de la mobilité au niveau européen s’impose. 

– Une politique juste : la politique de repli de l’Europe forteresse, son refus de mettre en oeuvre des voies d’accès légales et sûres, la violence subie par les migrants tant au long de leur parcours que dans le cadre d’un renvoi forcé, sont autant d’atteintes à la dignité humaine et à la justice la plus élémentaire.

– Une politique réaliste : une plus grande ouverture à l’étranger ne peut être vécue positivement par la population d’accueil si ne sont pas prises en compte, dès le départ, les limites de notre capacité d’accueil et la nécessité d’une politique résolue d’intégration. Celle-ci suppose des investissements massifs en termes
d’apprentissage linguistique, d’accès au logement, de formation professionnelle et d’accès au marché de l’emploi.

– Une politique durable : à terme, l’Europe n’arrêtera pas la migration ; sa prétention à fermer
ses frontières n’est qu’un leurre, une posture idéologique à l’adresse de populations inquiètes.

« Le JRS ne se contente pas de témoigner des misères qu’il rencontre sur le terrain, de défendre individuellement les droits de migrants qu’il accompagne et de plaider pour des améliorations ponctuelles de leur cadre de vie. Il se sent appelé à interroger le système dans son ensemble », déclare Baudouin Van Overtraeten. Et d’ajouter : « Dans la ligne des recommandations du pape François, notre réponse commune s’articule autour de ces quatre verbes fondés sur les principes de la doctrine de l’Église : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés. »

Le JRS Belgium, appuyé par le Centre Avec et les Anciens élèves du collège Saint-Michel, organisait le 14 novembre une conférence intitulée « L’empreinte migratoire ». Les migrants, menace pour nos valeurs, pour la démocratie, pour notre sécurité ou, au contraire, chance pour l’Europe ? Pour aider les 450 participants à prendre la mesure du phénomène migratoire et à y répondre, cinq orateurs de premier plan avaient été invités à prendre la parole au Théâtre du collège Saint-Michel, à Bruxelles. La conférence-débat était animée par le journaliste Paul Germain (TV5 Monde). Y sont intervenus : François De Smet, directeur de Myria (Centre fédéral belge Migration) ; Claire Rodier, directrice du Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI, Paris) ; Pierre Vimont, ancien responsable du Service européen pour l’action extérieure et membre du groupe de réflexion Carnegie Europe ; Johan Leman, fondateur d’une association active dans l’intégration des personnes, et Baudouin Van Overstraeten, directeur du JRS Belgium.

POUR ALLER PLUS LOIN
Vous souhaitez vous engager comme volontaire au JRS Belgium ?
Pour devenir visiteur amical de centres fermés, de maisons de retour ou coordinateur de réseau d’hospitalité, contactez le JRS Belgium : info@jrsbelgium.org.
Pour vous informer sur les réseaux d’hospitalité Up Together, contactez : philippe@
jrsbelgium.org
Dons (fiscalement déductibles en Belgique) :
IBAN : BE88 0000 0000 4141 (Compte
Caritas International avec la communication
« P168 JRS »).
www.jrsbelgium.org
www.jesuites.com/conference-jrs-belgiummigration

EN SAVOIR PLUS
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